mardi, 10 novembre 2009

Berlin, 20 ans après, on fête quoi ?

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Peut-être qu'Angela Merkel voulait une fête marquant sa réélection comme chancelière. Les dix ans de la chute du mur étant passés inaperçus, c'était l'occasion de donner du lustre aux 20 ans.
Je pense que c'est Hubert Védrine - sur France 2 - qui a eu le mot juste : il faudrait arrêter avec toutes ces commémorations qui commencent à nous gaver. Ressasser ainsi le passé évite d'affronter l'avenir. Et Karl Lagerfeld, le couturier, toujours sur la même chaîne, de surenchérir : on fête quoi, exactement ?
La chute d'un système, le communisme, symbolisé par ce mur ou la réunification allemande ? La réunification, somme toute, ça ne regarde que les Allemands, et nous sommes contents pour eux. Mais elle se fait dans la douleur, me semble-t-il. Pour ce qui est de la chute du communisme, si l'événement est heureux, car par-delà bien des difficultés, il a permis d'accoucher de la Russie de Poutine, d'un autre côté il consacre aussi la victoire du libéralisme anglo-saxon et de la mondialisation. Ce qui est tout de même nettement moins heureux.
Ces 20 ans n'effacent pas non plus, 50 ans d'occupation par les troupes américaines, anglaises et françaises, et les 50 ans durant lesquels l'Europe a été (et l'est toujours) à la traîne des Américains. 50 ans aussi que le cinéma américain et européen se chargent de voir dans l'Allemand, le nazi qui sommeille. 50 ans qu'on maltraite les Allemands au point d'ailleurs qu'ils se maltraitent eux-mêmes. 50 ans que l'Allemagne ne vit qu'à travers sa réussite économique et plus du tout à travers le génie de sa culture et de son âme. Ce bleu à l'âme se traduit par un dramatique déficit démographique. On peut être rassuré, ce même déficit atteint l'Europe entière et la Russie.
C'est la raison pour laquelle cette petite sauterie a un goût amer. On préférerait que les Européens se réveillent, larguent enfin les amarres et se forgent de nouveau un destin.