dimanche, 29 janvier 2012
Halte au feu
Encore trois mois à tirer et déjà un sentiment de lassitude. Je rêve d’une semaine sans voir apparaître sur écran ou papier la tronche des candidats, qu’ils soient déclarés, éventuels ou improbables. Juste une semaine sans ces trouvailles lourdingues de communicants, distillées jour après jour aux seules fins de « reprise ».
Juste une semaine sans cette grêle de sondages et ces commentaires répétitifs sur les chances de Bayrou et de Marine Le Pen d’atteindre le second tour. On sait tout sur les ficelles des positionnements, la fabrication des « images », les combines tactiques, les goûts et couleurs, les épouses ou compagnes, les « entourages » et même les chevaux. Presque tout sur les programmes, dont on se fiche, sachant que grâce au ciel ils ne seront pas appliqués. Les promesses d’argent, quel naïf peut y croire ? L’État est fauché comme les blés en été, les collectivités locales sont dans le rouge et les vrais gros contribuables – entreprises ou particuliers – ont déjà pris leurs précautions. Que Mélenchon traite Marine Le Pen de « semi-démente », est-ce important ? Que Hollande se décrète ennemi juré du « monde de la finance », ce diable à mille fourches, est-ce bien nouveau dans le pathos d’un socialiste ?
On a tous compris depuis belle lurette que Mélenchon drague le prolo lepéniste et que Hollande a besoin de réveiller le fantôme d’un « peuple de gauche ». On sait tous que Bayrou se veut transfrontalier puisqu’il n’a pas de troupes, et que Joly nous vend du moralisme en gros, c’est son négoce. On sait aussi que comme ses prédécesseurs, Sarkozy sera le plus longtemps possible candidat sans l’être. Jamais une campagne présidentielle ne m’a donné à ce point une impression de trucages grossiers : on croit voir des acteurs répéter en off des tours de magie auxquels plus personne ne se laisse prendre,hors l’engeance militante. Pourtant, nous abordons un moment historique assez crucial, qui promet des chambardements et mériterait qu’on s’y appesantisse. Justement, il semble que ce moment, les politiques le prennent par les bouts les plus usés des lorgnettes de la démagogie. Le monde à venir nous plonge dans une perplexité qu’aggrave leur cécité. Ce qu’ils ressassent en boucle, chacun dans son patois partisan, nous écœure jusqu’à la nausée, c’est du racolage au ras des pâquerettes alimenté par un souteneur sans vertu : le système médiatique.
Denis Tillinac (Valeurs Actuelles)
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dimanche, 22 janvier 2012
leur dette, notre démocratie...
15:34 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 12 janvier 2012
Mgr Jeanbart : «Il faut donner sa chance à Assad»
L'archevêque d'Alep en Syrie redoute l'arrivée au pouvoir des islamistes et déplore l'attitude de Paris vis-à-vis du régime. Au nom des minorités inquiètes de l'après-Bachar el-Assad, l'archevêque d'Alep plaide pour une transition démocratique qui épargnerait les violences.
Quel est le moral des chrétiens, après dix mois de révolte contre le régime syrien?
Mgr Jeanbart – Nous sommes très préoccupés par les conséquences d'un renversement du régime, qui pousserait beaucoup de nos fidèles à émigrer, comme en Irak depuis la chute de Saddam Hussein. Les chrétiens n'ont pas confiance dans un pouvoir sunnite extrémiste. Nous redoutons la domination de Frères musulmans dogmatiques.
Mais que pèsent-ils: 15 % à l'intérieur?
Même pas. Mais c'est précisément parce qu'ils ne pèsent pas lourd que les islamistes veulent aller vite pour renverser le régime. C'est également pour cette raison qu'ils sont aussi actifs dans les rangs de l'opposition à l'extérieur du pays et qu'ils refusent tout dialogue avec le pouvoir. Les Frères musulmans ne peuvent renaître que dans le cadre d'un renversement brutal auquel ils prétendront avoir participé depuis l'étranger, grâce à leurs appuis turcs et des monarchies du Golfe. Comme en Libye.
Comment éviter ce scénario?
Il faut une transition démocratique dans le cadre de réformes que le pouvoir doit engager. C'est encore possible. Bachar el-Assad est en train de persuader le parti Baas d'accepter les réformes. Des avancées ont été enregistrées. On le perçoit à travers les médias officiels, qui encouragent ces progrès et qui contrairement au passé disent maintenant que le parti est contaminé et peuplé d'arrivistes. Une nouvelle Constitution sera annoncée le mois prochain, avec des points intéressants en matière de maintien de la laïcité, par exemple. Il sera stipulé qu'aucun parti ne pourra être fondé sur une base confessionnelle. Le président ne pourra pas non plus être élu plus de deux fois, et l'article 8, qui garantissait l'hégémonie du Baas, sera supprimé. Malgré les violences, il faut encore donner sa chance à Assad. Nous devons absolument nous donner le temps de créer des partis non confessionnels pour absorber le vote sunnite, et le détourner des Frères musulmans.
Mais trop de sang a coulé pour qu'une majorité de Syriens accepte de lui faire encore confiance.
Qui vous le dit ? Le régime bénéfice de l'appui des minorités. Les alaouites sont environ 12-13 % et ils soutiennent intégralement le président, car les menaces proférées par les Frères musulmans ont uni la communauté dans la peur des règlements de comptes. Les chrétiens sont 10 % environ, avec 90 % d'entre eux derrière le régime ; les Kurdes, les druzes et les ismaéliens dans la même proportion. Et il ne faut pas oublier les 2,5 millions de baasistes qui ont, eux aussi, un intérêt à ce que le régime survive. Si vous y ajoutez les commerçants sunnites de Damas et d'Alep, vous dépassez probablement les 50 % derrière Bachar. Et les attentats terroristes sont en train de regrouper d'autres Syriens autour du pouvoir. Nous avons peur. Nous avons toujours vécu dans un pays sûr. On ne veut pas ressembler à l'Irak. Et puis l'évolution des transitions en Libye et en Égypte ne nous rassure pas. Tout cela renforce le pouvoir, même s'il réprime beaucoup trop.
Que pensez-vous de l'opposition à l'étranger?
Je l'aurais soutenue si ses responsables n'avaient pas approuvé une intervention étrangère contre mon pays. Mais depuis le début de la révolte, ils refusent tout dialogue. Ils ont le droit de critiquer, mais sans aller jusqu'à vouloir détruire la Syrie. D'autre part, leur représentativité auprès du peuple est faible. Nous n'avions jamais entendu parler de Buhran Ghalioun ou de Bassma Kodmani avant ces événements. Les seuls dont on connaissait le nom sont ceux liés aux Frères musulmans, qui avaient des relais anciens en Syrie.
Que pensez-vous de la position française dans le conflit?
Je ne vous cache pas qu'il y a une équivoque que je ne comprends pas. La position française ne va ni dans le sens de votre pensée républicaine, ni dans le sens de ses intérêts. Jamais la France n'a eu autant de faveurs en Syrie que ces dernières années. À Alep, j'ai réussi par exemple à ouvrir quatre écoles en partenariat avec la France. Pourquoi être aussi en pointe contre la Syrie? On n'aurait jamais imaginé cela de la France, en particulier nous autres les chrétiens.
(source : Figaro 11/01/2012)
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jeudi, 05 janvier 2012
La voix pertinente de la Hongrie
Le gouvernement conservateur hongrois de Viktor Orbàn vient d’adopter une nouvelle Constitution qui vise à réduire considérablement l’influence des partis politiques, à maîtriser sa monnaie par sa mainmise sur sa banque centrale et en rappelant quelques principes identitaires fondamentaux. Pour Viktor Obàn, la démocratie n’est pas une panacée sans pour autant tomber dans les travers du bon vieux stalinisme d’hier, mais vu de droite. Evidemment le Système regimbe face à cet acte d’indépendance et Bruxelles, temple du politiquement correct, ne sait trop comment réagir. Mais la finance internationale et apatride veille au grain. Pourtant, Viktor Orbàn semble montrer une voie originale à ce que pourrait être une Europe enfin décidée à défendre ses intérêts et surtout son identité.
Les principaux changements dans la Constitution :
- La «République de Hongrie» devient la «Hongrie».
- Les dirigeants de l’actuel Parti socialiste sont tenus rétroactivement responsables des «crimes communistes» commis jusqu’en 1989.
- «Dieu» fait son entrée dans la Constitution, tout comme le nombre de communautés religieuses, limité à 14.
- Le nouveau mode de scrutin fait la part belle au parti arrivant en tête.
- Les Hongrois de souche à l’étranger (minorités dans les pays voisins) bénéficient du droit de vote.
- Le mandat des titulaires de postes importants de l’appareil d’Etat (économie, justice, police et armée) est porté à neuf ou douze ans.
- L’impôt sur le revenu à taux unique de 16% et le niveau des retraites est fixé dans la Constitution.
- L’influence du gouvernement est renforcée dans la Banque centrale. Le président de cette institution ne peut plus choisir ses trois adjoints, nommés par le gouvernement. De plus, le Conseil monétaire passe de 7 à 9 membres. Ces deux membres supplémentaires sont choisis par le gouvernement.
- Le forint devient constitutionnellement la monnaie hongroise, bloquant pratiquement le passage à l’euro.
- La Constitution fait de l’embryon un être humain dès la conception.
- Le mariage n’unit qu’un homme et une femme.
- Les sans-abri peuvent être punis de peines de prison.
- La radio-télévision publique et l’agence de presse MTI sont chapeautées par un Conseil des médias, dirigé par le Premier ministre.
- L’unique radio d’opposition, Klubradio, perd sa fréquence.
- Le Parlement a par ailleurs adopté une modification de ses règles de fonctionnement, qui donne à la majorité la possibilité de modifier l’ordre du jour et faire passer ses lois sans débat.
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dimanche, 01 janvier 2012
Bonne année ? On peut le dire comme ça !

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vendredi, 23 décembre 2011
Bonnes fêtes

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mardi, 20 décembre 2011
Mais que fait Juppé ?
Ça y est. J’ai trouvé un nouveau boulot à Alain Juppé, ci-devant ministre des affaires qui lui sont décidément étrangères : déclarer la guerre à la Corée du Nord et envoyer les troupes de l’Otan libérer un peuple aux mains d’une dynastie de tarés, les Kim 1-2-3 !
Comment une Corée du Nord peut-elle encore exister à l’heure même où les forces démocratiques de l’angélique Amérique et de ses valets déquillent les Kadhafi, Ben Ali, Moubarack et consorts ?
Certes, me direz-vous, la Chine protège le dernier Etat stalinien de la planète. Pourquoi ? Bonne question. A priori, pour laisser planer une menace sur ce sud-est asiatique riche et puissant. Voici un combat digne de Juppé !
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Le même Juppé qui s’en est pris également à la Russie, car rien n’arrête Terminator. Motif ? Le jeu de chaise musicale entre Medvedev et Poutine et les récentes élections législatives. Ah bon. Parce qu’en France même on ne bourre pas les urnes ? Il me semble que le RPR et les cocos s’en sont donnés à cœur joie durant des décennies sur le bourrage… de crâne et des urnes.
Juppé ferait bien de se montrer prudent avec la Russie de Poutine qui n’est plus celle d’Elstine. Je ne dis pas que la Russie est un modèle de démocratie (l’a-t-elle jamais été) mais quand on voit où nous mène les nôtres, on est saisi d’un grand doute. Le petit couple Sarko/Juppé ferait bien de se montrer plus attentif à l’égard d’un pays (d’un continent) qui présente pour l’Europe nettement plus d’avenir que l’ autre cinglé schizophrène d’outre-Altantique.
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Je ne cesse de m’émerveiller de la soumission de nos médias, toutes tendances confondues, à une vision libérale et droit de lhommiste du monde, qui au final ne sert que les ambitions américaines de déstabilisation généralisée de la planète. Tout cela passe aussi évidemment par le même asservissement à toutes ces populations exogènes qui sont aux dires de nos ministres, Pécresse en tête, « une chance pour la France » et à cette religion, pourtant non dominante, qu’est l’islam.
Le Gaulois a disparu de la circulation. En pleine période électorale, on a envie de demander aux Sarkozy, Hollande et consorts à qui ils s’adressent puisqu’ils refusent de prendre en compte les intérêts des Français de souche, sorte de bestiasse taillable et corvéable à souhait tout juste bonne à payer le tribut de son labeur : les impôts. Sur lesquels vit grassement tout ce petit personnel d’élus et de hauts fonctionnaires, tous coupables mais bien évidemment pas responsables. Les peuples, un jour, présentent l’addition.
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mercredi, 14 décembre 2011
L'Europe joue son va-tout
Par Joseph Savès
À Bruxelles, dans la nuit du 8 au 9 décembre 2011, tous les pays de l’Union européenne à l’exception notable du Royaume-Uni s’engagent sur le programme d’austérité budgétaire présenté par Berlin. Grâce à l’appui du président Nicolas Sarkozy, la chancelière Angela Merkel obtient de chacun des chefs d’État et de gouvernement l’engagement de rétablir coûte que coûte à moyen terme l’équilibre des finances publiques. Cet accord à l’arraché intervient vingt ans après le traité de Maastricht qui avait avalisé la création d’une monnaie unique.
Destiné à «rassurer les marchés», il prévoit l’adoption d'un nouveau traité (ou de protocoles additionnels), en remplacement du traité de Lisbonne qui a fait faillite en quelques mois.
Dans la Constitution de tous les États devrait être inscrite une «règle d’or» selon laquelle leur déficit budgétaire ne devrait jamais excéder le seuil de 3% du PIB (produit intérieur brut ou richesse nationale) et le Conseil européen des chefs d'État et de gouvernement serait habilité à sanctionner les États contrevenants. Ce que d’aucuns appellent complaisamment un «gouvernement économique» de l’Europe s'apparente bien plutôt à une mise sous tutelle des États nationaux.
Si l’accord doit aboutir, il ne restera aux Parlements nationaux d’autre champ d’action que des résolutions concernant la prostitution, l’octroi du droit de vote aux immigrés, la dépénalisation du cannabis ou de l’euthanasie, toutes choses qui n’ont pas d’incidence budgétaire. Les politiques sociales, industrielles, éducatives… pourraient quant à elles être très sévèrement encadrées.
On a eu un avant-goût à l'automne de ce que cela pourrait signifier quand un ministre allemand a dénoncé à Bruxelles le montant excessif de l'aide alimentaire octroyée aux nécessiteux par différents États de l'Union.
Un accord incertain
L’accord de Bruxelles a-t-il quelque chance de réussir ? Il bénéficie du soutien du président de la République française bien que celui-ci ait vu toutes ses demandes rejetées par la chancelière et ait dit le plus grand mal d’un assujettissement de la souveraineté nationale à des juges supranationaux.
Son plus grand tort est de prolonger le malentendu concernant la Crise européenne et son origine. Pour les doctrinaires néolibéraux et les dirigeants européens tant de droite que de gauche qui suivent leurs préceptes, il ne fait pas de doute que la Crise, née de la «crise des subprimes» de 2008, est due à l’endettement excessif des États européens, en particulier des pays du «Club Med» (Grèce et Chypre, Italie, Espagne, Portugal et France). Il suffira à ces États de couper dans leurs dépenses pour restaurer leur crédit et leur compétitivité ! C’est la politique qui fut appliquée en 1930 par le chancelier Brüning en Allemagne comme en 1935 par le Président du Conseil en France... avec les effets désastreux que l’on sait. Il est assez facile de comprendre qu’un État qui taille dans ses dépenses contraint ses bénéficiaires (prestataires et agents publics) à chercher des ressources ailleurs. Si la voie des exportations leur est fermée, comme c’est le cas aujourd’hui, ils n’ont d’autre recours que de se retourner vers l’État. Et celui-ci, pour éviter une explosion sociale, n’a d’autre recours que de les assister et donc s’endetter à nouveau... C’est ainsi que les pouvoirs publics français accroissent leurs dépenses sociales plus vite encore qu’ils ne taillent dans les services publics et les effectifs de fonctionnaires.
Une autre réalité
Des économistes (Patrick Artus, Jean-Michel Quatrepoint, Martin Wolf…) commencent à entrevoir une autre réalité : l’endettement des États serait la conséquence du déficit commercial chronique avec la Chine. Il y a un lien de cause à effet entre ce déficit, qui a commencé à se creuser en 2000, la mise en place de l’euro et le creusement concomitant des dettes publiques. À l’orée du XXIe siècle, l’excédent commercial de la Chine et ses réserves de devises étaient dix fois moindres qu’aujourd’hui.
Avec l’adoption de l’euro, monnaie «forte» alignée sur le mark et donc surévaluée, les pays méditerranéens se sont trouvés en situation de faiblesse tant par rapport à l’Allemagne que par rapport à la Chine. Ces deux pays ont pu inonder ces pays de leurs produits industriels et briser peu à peu leur industrie et même leur agriculture.
Au lieu de leurs propres productions, les citadins grecs consomment aujourd’hui des condiments importés de Chine ou d’ailleurs par des firmes allemandes. Quant à la France, qui se flatte de sa vocation agricole, elle a été devancée en 2007 par… l’Allemagne dans les exportations agroalimentaires ! Bien que pratiquant le contrôle des changes et enfreignant toutes les règles du libre-échange, la Chine a pu être admise au sein de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) en 2001, ce qui lui a permis d’accéder en toute liberté aux marchés occidentaux.
Elle a bénéficié pour ce faire de la complicité des grands industriels et distributeurs occidentaux (Walmart, Carrefour, Leclerc…) qui ont vu l’intérêt de s’approvisionner en Chine à des prix «asiatiques» et de vendre en Europe à des prix «européens» avec un maximum de profit. C'est ce que rappelle avec force Jean-Michel Quatrepoint dans son dernier essai (Mourir pour le yuan? François Bourin, 2011).
Dans toute économie «normale», régie par les règles libérales, les déséquilibres de la balance commerciale seraient corrigés instantanément et sans douleur par un ajustement des taux de change monétaires : les pays en situation de déficit chronique verraient ainsi le taux de change de leur monnaie chuter jusqu’au rééquilibrage en valeur des importations et des exportations.
Mais les membres de la zone euro s’interdisent ce genre d’ajustement ou plutôt persistent à aligner l’euro sur les économies les plus fortes de la zone, qui correspondent à l’ancienne «zone mark». D’où la spirale de la paupérisation qui frappe le «Club Med», France comprise. Les dettes publiques sont la conséquence directe et obligatoire de ces déficits commerciaux.
- Les pays créanciers (Chine et aussi pays exportateurs de pétrole), pour ne pas perdre le bénéfice de leurs réserves de devises, sont obligés de les prêter ou de les investir dans les pays débiteurs (États-Unis, Europe du sud).
- Ces derniers sont obligés de s’endetter pour éviter à leurs concitoyens privés de travail et de ressources par la faillite des entreprises exportatrices de simplement mourir de faim.
Pour qui en douterait, il n’est que de considérer le cas japonais : l’archipel nippon supporte une dette publique bien plus forte que celle de n’importe quel État européen (200% du PIB), pourtant, ni «les marchés» ni personne ne menace sa stabilité. C’est que le pays affiche un solde commercial équilibré et toute la dette publique est entre les mains des épargnants japonais eux-mêmes. CQFD.
L’avant-dernier acte de la Crise européenne
Au vu de ce qui précède, il nous est permis de contester le bien-fondé de l’accord de Bruxelles. Ses promoteurs, accrochés au paradigme néolibéral (primauté au libre-échange), se sont déjà trompés deux fois :
- En instaurant la monnaie unique, le traité de Maastricht de 1991 devait entraîner une convergence des économies européennes ; c’est le contraire qui s’en est suivi : les pays fragiles et pauvres sont plus fragiles et plus pauvres que jamais ; les pays riches sont plus riches et arrogants que jamais.
- Le traité constitutionnel, rejeté en 2005 par les citoyens français et néerlandais et rebaptisé en 2008 traité de Lisbonne, devait remettre l’Union européenne à flot ; la voilà au bord du gouffre, ce qui donne raison a posteriori aux électeurs et aux (rares) responsables et médias qui l’ont contesté.
Loin de redresser l’Europe, la politique de déflation à la Brüning va amplifier les disparités économiques et sociales et achever de briser le socle industriel sur lequel le Vieux Continent a bâti sa prospérité… À moins que la raison ne finisse par l’emporter. Sacrifier les Européens pour sauver l’euro… ou sacrifier l’euro pour sauver les Européens de la déchéance ? Tel est le dilemme auquel vont bientôt se trouver confrontés les citoyens et leurs gouvernants. Dans notre analyse sur La dette publique, faux coupable, nous nous faisons l’écho de quelques alternatives à l’accord de Bruxelles, fondées sur la restauration d’un solde commercial équilibré (davantage d’exportations, moins d’importations) à défaut d’un changement de monnaie.
Tensions souverainistes
Les promoteurs de l’accord de Bruxelles ont retenu les leçons du passé. Pour ne pas renouveler la tragicomédie du traité constitutionnel, ils se disposent à inscrire dans les Constitutions nationales la fameuse «règle d’or» budgétaire en tenant les citoyens à l’écart du débat. Cela, de toute façon, ne garantit en rien que ladite règle sera mieux respectée que le «pacte de stabilité», volatilisé en 2003 à l’initiative de la France et de l’Allemagne. Dans l’esprit des «Lumières», les Constitutions étaient l’expression du Peuple souverain. Elles tendent à devenir un instrument de coercition au service des classes dirigeantes ou, comme en France, un jouet soumis au bon vouloir du chef de l’État.
Plus troublant que le déni de démocratie est sans doute la place occupée désormais par l’Allemagne, porte-parole de l’Europe des rentiers. Tandis que l’Allemagne exige de ses partenaires des abandons de souveraineté décisifs, elle-même s’interdit toute concession.
Le 30 juin 2009, la Cour constitutionnelle fédérale de Karlsruhe a réaffirmé la suprématie de la Constitution allemande sur les traités internationaux et européens.
Le 7 septembre 2011, elle a aussi rappelé que toute décision européenne devait être subordonnée à une validation par le Bundestag (la Chambre des députés allemande) et qu’il n’était nullement question que le pays renonce à une parcelle de sa souveraineté.
Cette détermination contraste avec l'empressement, en France, du Conseil constitutionnel et du Président de la République à entériner les abandons de souveraineté sur l’autel de la construction européenne et de l’euro. Les événements de ces derniers mois attestent des nouvelles relations de dominant à dominé entre l’Allemagne et la France. Ainsi la chancelière a-t-elle décidé de fermer ses centrales nucléaires sans prendre la peine d’en avertir le président français ni a fortiori d’en débattre avec lui, bien que cette décision porte un coup très dur à la filière nucléaire française. Et l’on voit mal les Allemands laisser le gouvernement français réhabiliter la centrale de Fessenheim, sur la frontière commune aux deux pays…
Dans le même ordre d’idées, Berlin a voté contre l’intervention militaire de la France en Libye, réduisant en miettes le principe d’une diplomatie européenne.
(source : Herodote.net)
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dimanche, 04 décembre 2011
L’Europe en miettes
Se confirme donc l’idée que lorsque l’Amérique est malade, l’Europe tousse. Elle fait plus que tousser, elle part en miettes au sein d’un système monétaire qu’elle subit depuis un bon siècle et qui a fini par devenir schizophrène.
Il était, par ailleurs, illusoire de croire qu’une Europe à 27 pourrait marcher quand dix-sept d’entre eux seulement appartiennent à la zone euro. L’Europe est donc un bateau ivre, l’euro une chimère et au final un endettement des Etats qui, en l’espace de quelques années, a été multiplié par dix (voire plus). De sorte que l’Allemagne, qui en a toujours constitué le « Heartland », refuse aujourd’hui d’aller plus avant dans son soutien financier à l’Europe. On ne saurait lui en vouloir et les accents germanophobes de certains dirigeants politiques – et curieusement un Arnaud Montebourg en tête – sont pour le moins déplacés. Si les Français avaient une once de la rigueur allemande, nous n’en serions peut-être pas là.
Est-ce la fin de cette Europe reposant sur les traités de Maastricht, de Lisbonne, etc. ? Sauver cette Europe là consisterait, comme l’indique nos brillants économistes des broussailles, à donner, en toute logique d’ailleurs, pouvoir à la Banque centrale européenne (BCE) de venir en aide aux Etats en leur consentant des emprunts dont les intérêts ne dépasseraient pas 5%. Ce que vient de faire l’Angleterre – qui n’appartient pas à la zone euro – et la Réserve fédérale américaine – qui continue de faire tourner la planche à billets. Mais pour Angela Merkel, c’est Niet. Elle veut rester dans le contexte de Maastricht qui n’autorise pas un dépassement au-delà de 3% du PIB. Ce que veut Angela Merkel, dans l’immédiat du moins, c’est un gendarme européen capable de taxer les pays dont la rigueur budgétaire laisse à désirer. C’est-à-dire à peut près tous les Etats ! Sarkozy s’y oppose évidemment, pas question de concéder le moindre abandon de souveraineté.
L’autre solution, radicale celle-là, dont Jacques Sapir est l’un des chauds partisans, c’est l’abandon pur et simple de l’euro. L’éclatement des taux d’intérêt des Etats européens, dit-il en substance, montre bien que la monnaie unique ne sert à rien. Jacques Sapir suggère donc que les Etats se réapproprient leur monnaie tout en conservant l’euro pour les transactions extra européennes. Pourquoi pas.
On s’aperçoit bien, au-delà de la tambouille monétaire, que le problème de l’Europe est d’abord politique. L’Europe n’a pas de boussole et la technocratie bruxelloise est entièrement aux mains des lobbies libéraux de type anglo-saxon, cela va sans dire. Faute d’un pilote dans l’avion, l’Europe ne sait pas où elle va, ce qui fait que derrière l’écran de fumée du concept même, on ne trouve que des Etats qui passent leur temps à tirer la couverture à eux.
L’autre question qui se pose est : que veut l’Allemagne ?
L’économiste Pierre-Noël Giraud a émis deux hypothèses crédibles à nos yeux. La première est que l’Allemagne a par deux fois tenté d’être la puissance dominante en Europe et par deux fois elle en a été empêchée par l’Amérique. L’Allemagne pourrait donc être tenté, nous dit Pierre-Noël Giraud, de constituer à terme un conglomérat avec les pays de l’Est dont elle est proche - et qui lui fournissent une main d’œuvre de bonne qualité – et d’instaurer un dialogue avec la Russie pour former un bloc continental capable d’affronter l’Amérique. Cette Amérique qui est l’adversaire majeur des Européens. Dans ce cas de figure, quid de l’Europe de l’Ouest ? Un truc du genre Club Méditerranée ?
Extravagant ? Pas vraiment. Car si la France est aujourd’hui le pays vers lequel l’Allemagne exporte le plus, elle ne perdrait pas au change avec l’ouverture du marché russe (où elle est déjà bien présente). Unique condition : que surgisse en Allemagne un leader politique d’une autre trempe que la mère Merkel.
Deuxième hypothèse : on s’oriente vers une révision des traités et l’on crée une zone euro restreinte permettant de constituer un noyau dur. Ce qui, entre nous, aurait dû être fait depuis longtemps plutôt que cette auberge espagnole actuelle.
La seule chose dont nous sommes sûr, c’est que l’Europe arrive à un tournant crucial. Le drame, c’est qu’il n’y a personne, à nos yeux, pour redonner aux Européens ce qui leur manque le plus : un destin.
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samedi, 19 novembre 2011
Histoire d'enfoncer le clou : l'argent et la dette
18:01 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



