dimanche, 20 septembre 2009
Clearstream, on s’en fout !
L’affaire Clearstream n’intéresse guère les citoyens que nous sommes, si ce n’est qu’elle éclaire sur les mœurs de cette République. Inutile de vous faire un dessin, voici belle lurette que nous avons compris de quoi il retourne. Flash back. C’est un secret de polichinelle que Villepin du Gazouillot machin aime les coups tordus et qu’à ce titre, il a décidé, en plein accord avec Chirac dont il est l’âme damnée, de mettre des bâtons dans les roues de la résistible ascension du camarade Sarkozy. On ignore l’étendue des « crasses » que Villepin a pu faire, mais on peut s’en faire une petite idée à voir la manière dont s’est terminé le précédent mariage de Sarko, fort épris de sa Cécilia pendant dix-sept ans quand même. Les hommes politiques ont « parfois » un comportement sexuel un peu débridé mais ce n'est pas toujours une raison pour divorcer.
Ce n’est toutefois pas de ce côté-là que surgira « l’affaire » pour la bonne raison que les Français se foutent complètement des histoires de cul.
Non Sarkozy se retrouve sur un listing de banque pour une histoire de pot-de-vin dans laquelle il n’a rien à voir. C’est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Sarko, à l’époque, est ministre de l’Intérieur et il contre attaque, sûr de son bon droit. De fil en aiguille, le nom de Villepin apparaît au centre de cette histoire de cornecul, ce qui n’est pas fait, semble-t-il, pour étonner Sarko. Qui décide alors de lui faire la peau. Et de régler, vraisemblablement, une ardoise qui doit être lourde. C’est la loi du genre. En politique, quand on flingue, il faut tuer. Villepin va l'apprendre à ses dépens qui est en mauvaise posture tant il cumule les handicaps. Il n’est pas élu, n’a pas de réseaux et son seul et unique parapluie était Chirac dont on n’entend plus parler sauf pour ses frasques à Saint-Tropez avec mémère.
L’heure du jugement dernier a sonné pour Villepin. Il va être amusant de voir sur quel mode et quel autel Sarko va immoler ce baltringue.
16:20 Publié dans Humeur vagabonde | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, pouvoir, sarkozy, france
samedi, 19 septembre 2009
Journées du patrimoine

Bien évidemment, on souscrit entièrement à ces journées du patrimoine qui nous rappellent que la France n’est pas née en 1789 et que, comparée à la monarchie, la démocratie par bien des aspects est une catastrophe. On voit bien aujourd’hui où mène le laxisme libéral, à la destruction de cet outil essentiel pour une nation qu’est non pas l’éducation nationale mais l’instruction publique. L’éducation ne se fait plus dans les familles et l’école n’instruit plus. Cherchez l’erreur. « Instruire le peuple, c’est l’améliorer », disait Victor Hugo qui, en son temps, était républicain. Il serait fasciste aujourd’hui.
Ces journées du patrimoine sont l’occasion pour beaucoup d’aller admirer le savoir-faire de nos artisans qui, à travers les siècles, ont donné à notre culture et à notre civilisation tout son panache. Châteaux forts, châteaux de la Renaissance et des bords de Loire, Versailles sont le fait d’artisans qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes grâce à la maîtrise d’un savoir faire qui s’est enrichi et transmis au fil du temps. Or, cette République n’a cessé de rabaisser le travail manuel au profit d’intellectuels des broussailles, ce qui nous vaut aujourd’hui cette batterie d’incapables formés dans le même moule d’institutions pourtant fort peu républicaines au départ comme Polytechnique. La démocratie arase là où la monarchie élève. Ce n’est pas une opinion mais une constatation.
Ces journées sont donc l’occasion de montrer aux jeunes toute la noblesse qu’il y a à travailler de ses mains. De mettre en évidence que la main a du génie et que le génie sans la main n’est rien. J’ai plusieurs amis « Meilleur ouvrier de France » qui ne cessent jamais de m’émerveiller. J’envie cette sûreté du geste qui a demandé des années de patience avant que leur talent n’explose. Mais, pour en arriver là, encore faut-il en donner l’envie. L’envie de s’accomplir dans un métier, l’envie d’apprendre et plus encore peut-être de faire comprendre aux jeunes que sans efforts, sans patience et sans investissement personnel, on n’obtient rien. Que la vie ce n’est pas la télé-réalité et encore moins ces chanteurs à la noix que des chaînes de télé criminelles et débiles fabriquent à la pelle pour faire de l’audimat et remplir leurs écrans de publicité.
Notre patrimoine, c’est l’anti-télé-réalité, c’est la vraie vie et c’est surtout la vie quand elle a du sens.
Alors qu’il s’agisse d’un Darcos, d’un Chatel ou d’un Lang, il serait temps de sortir d’une conception comptable de l’instruction où ministère et syndicats jouent à cache-cache sur le dos des élèves et des profs. Car, il est déjà minuit passé dans cette Education nationale sinistrée et la relève n’est déjà plus assurée dans ces métiers que ces journées du patrimoine nous donnent à voir.
19:51 Publié dans Edito | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : metier, education nationale, politique
jeudi, 17 septembre 2009
La grippe ou le choléra
Par Chantal Delsol*
On se souvient du roman de Giono, Le Hussard sur le toit, racontant une épidémie de choléra. Et l'on tente d'imaginer (quelques excellents historiens l'ont fait, tel Jean Delumeau) l'état d'esprit des populations quand elles se trouvaient face à un péril de ce genre. La grande peste qui parcourait l'Europe du XIVe au XVIIIe siècle, par épisodes récurrents, emportait chaque fois dans les villes touchées entre 20 % et 40 % de la population. On peut - ou plutôt on ne peut pas - comprendre dans quel sentiment de précarité vivaient ces gens poursuivis par une peur affreuse et, certainement, contagieuse comme la maladie.
Nous avons le sentiment que la grippe A (H1N1) engendre la même terreur qu'une épidémie de choléra ou de peste en ces âges anciens. Pourtant, il ne s'agit pas du même mal, loin de là. Les spécialistes sont formels : la grippe A ne tue personne, sinon ceux qui, hautement fragilisés par des troubles beaucoup plus graves, seraient emportés facilement par la moindre anicroche. C'est une grippe pénible, s'étalant sur quelques jours, et que des remèdes simples suffisent à combattre et à guérir.
Panique ridicule
On se demande pourquoi un tel sentiment de panique s'est emparé du pays, à tel point qu'on ne nous parle plus que de fermer des écoles (ce qui a déjà commencé), que nos bulletins d'informations sont encombrés de conseils à la fois tatillons et solennels, et que l'on met au point une justice expéditive pour temps d'épidémie, comme si dans les prochains jours la moitié du personnel dans tous les bureaux du pays allait se trouver défaillante, j'allais dire subclaquante. Beaucoup de gens naïfs, qui regardent abondamment la télévision et prennent ces délires à la lettre, renâclent à se serrer la main et concluent avec une résignation de condamnés : « S'il le faut, nous mettrons des masques. » Pour une grippe banale ? On croit rêver.
Il n'y a qu'un adjectif pour cela : ridicule. Lequel ne tue pas, comme on sait. Mais enfin il faut aller plus loin que la moquerie, parce que ces larmoiements débilitants signent une mentalité et c'est bien cela qui compte. Quelques-uns pensent que les gouvernants ont intérêt à laisser glisser l'attention des citoyens sur des craintes de ce genre, qui leur font oublier l'ampleur («envoyez-les dans n'importe quelle guerre, ils oublieront de critiquer votre gouvernement», disait le Florentin), ne peut convaincre à lui seul. Peut-être nos gouvernants se trouvent-ils secrètement satisfaits que cette broutille enflamme des esprits qui sinon se révolteraient contre la taxe carbone. Mais enfin le cynisme a des limites.
On peut penser que les médias amplifient la catastrophe jusqu'à l'absurde par un désir permanent de tout dramatiser, car il n'y a que le drame qu'on ait envie de raconter et qui attire le chaland. À ce point qu'un quotidien de province, tout récemment, a eu la malhonnêteté de titrer «Un mort de la grippe», réservant pour les pages intérieures l'état préalable de la victime, déjà atteinte de graves maladies. On ne fait pas mieux pour alarmer en inventant l'objet de l'alarme, et donc pour appâter des clients.
Mais il faut aussi penser que les médias se trouvent pratiquement privés de ce qui légitime au premier chef leur existence : l'événement. Que trouvons-nous dans les informations quotidiennes ? Un ministre a subi le blâme de telle association parce qu'il avait prononcé un adjectif apparemment simple, mais interprétable comme une injure, à condition de se lever très tôt pour l'analyser. L'inondation d'un affluent a mis à mal trois maisons dont on interviewe jusqu'à plus soif les habitants en train de récurer leur cafetière. S'agit-il d'événements ? Sûrement pas. Bien plutôt d'anecdotes, qui les ont remplacés. Nous vivons sous le règne de l'anecdote. Il faut bien la gonfler, quand on peut, pour en faire quelque chose «qui arrive», avec toute la charge d'inattendu, voire de retournement, que cela implique. La grippe A : enfin un fait nouveau, capable de changer la donne ! Enfin un vrai désastre… à condition de s'exalter un peu. On ne va pas s'en priver.
Des citoyens sans défense
La crainte de la contagion a acquis une teneur hautement symbolique dans des sociétés de masse, où chacun, doutant infiniment de ses propres capacités à répondre à l'adversité et à déployer sa conscience personnelle, craint en permanence de se voir entraîné, tel un fétu de paille, dans le malheur des autres. Le livre Matin Brun terrifiait moins par le contenu de la maladie épidémique (le nazisme) que par le sentiment de la contagion même. La société de masse, livrée à l'opinion et à la promiscuité, laisse sans défense des citoyens dont les caractères proviennent de l'extérieur et sans caractère propre pour résister à n'importe quelle teinture. En même temps, la grande crainte de ces anonymes en foule est de se voir privés de l'atmosphère de la foule d'où ils tirent toute énergie vitale, de se voir marginalisés, d'une manière ou d'une autre. Une victime de la grippe A raconte quelle douleur cela représentait pour elle de devoir mettre un masque afin de ne pas contaminer ses proches, mesure qui la reléguait à l'extrême de l'ostracisme. C'est que dans la société des égaux et des semblables, être différent induit le blâme, exclut de l'humanité même, prive de toute identité.
L'extrême développement de la sensibilité, ou plutôt de la sensiblerie, jette nos contemporains dans des abîmes de détresse dès qu'un cheveu leur tombe. Nous ne supportons plus rien. Le moindre désagrément nous indigne et nous pousse dans des révoltes véhémentes. Dans le film Bienvenue chez les Ch'tis, couronné du succès que l'on sait, le père de famille, contraint de partir travailler dans une province jugée inhospitalière, se voit entouré d'une atmosphère de drame comparable à celle qui devait se tisser autour d'un condamné au départ pour une guerre meurtrière à une époque encore récente.
Éloignés depuis si longtemps des dangers graves de la guerre, de la famine et de la terreur d'État, nos contemporains ne tirent pas de cette sécurité davantage de bonheur : ils rabaissent le niveau du tragique, qui devient un petit tragique mesquin, l'enflure d'un désagrément, un bobo boursouflé. Autrement dit : sans doute faut-il qu'il y ait de la crainte et du malheur, on les trouve là où l'on peut. Nous n'allons tout de même pas souhaiter de vraies guerres pour permettre la restauration de la magnanimité. Pourtant, on ne peut se déprendre d'un étonnement rêveur quand on voit que la disparition des grands malheurs laisse place à des cœurs si pusillanimes.
À la fois récusant toute blessure - par addiction à la sécurité, au confort, au bien-être -, et nostalgiques de dangers qui n'ont plus court, il est bien naturel que pour nous cette épidémie pourtant bénigne devienne le motif d'une grande peur et d'une grande fascination.
Le Figaro 15/09/09
*Chantal Delsol est philosophe
10:57 Publié dans Tribune libre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, hopital, politique, ministre



