mardi, 01 septembre 2009

Parlez-vous françois ?

autrefois 3 (10).jpgFrançois de Closets, ancien journaliste scientifique, est aussi un auteur à succès. Après la science, il s’est mis en tête de dénoncer les dysfonctionnements - ô combien nombreux – de la société de consommation. Dans son dernier ouvrage, il s’en prend à la langue française et plus précisément à l’orthographe. Sa thèse : on pourrait simplifier l’orthographe de bien des mots. Il est vrai que notre orthographe n’est pas logique (imbécile et imbécillité) mais avec un bon dictionnaire, on arrive à tout. Ce débat, vous vous en doutez, n’est pas nouveau. Au titre des pseudos réformes qui ont trouvé une application, dans la presse notamment,  on trouve l’inique féminisation du vocabulaire, ce qui donne des horreurs du genre : auteure, écrivaine, etc. Nous sommes nombreux à ne pas appliquer cette règle stupide, Freud nous ayant assez cassé les bonbons avec son complexe d’Œdipe. Le féminin, il suffit, y en a partout. Vive le masculin.
S’il est vrai qu’il est des individus qui ont la grammaire et l’orthographe innées (Paul Morand, Antoine Blondin, Marcel Aymé) il est vrai que la plupart d’entre nous avons quand même un peu ramé à l’école entre la dictée du jour et la leçon de grammaire. Mais le maniement de la langue est un exercice dont je ne me lasse pas. Il y a d’excellents dictionnaires et une excellente grammaire (Grevisse) qui ont tout lieu de faire le bonheur du cancre.
Cela dit, de Closets dit une chose très juste : il y a eu très longtemps en France et jusqu’au XIXème siècle  une langue d’usage et une langue écrite. Dans la langue d’usage, les fautes n’avaient guère d’importance. Pas dans l’écrit. Et, il est vrai que c’est la République qui va figer la langue dans un seul et même écrin. Faut-il y voir là l’influence d’un Littré ou d’un Larousse ? Albert Thibaudet (Histoire de la littérature française), note l’influence exercée par la génération des jeunes normaliens comme Renan et Taine à partir de 1850.  Il y a là assurément du vrai. Fût-ce un grand mal ? Ma grand-mère – femme de bien s’il en fut -  faisait peu de fautes et avait passé son certificat d’études avec succès avant 1914.
Pour répondre à M. de Closets, je dirai qu’aucun décret, aucune loi n’imposeront jamais une modification de la règle. Une langue a besoin d’un curseur et celui-ci évolue naturellement au fil du temps.  C’est l’usage qui fait évoluer une langue, moins dans son architecture que dans son vocabulaire. Avec leurs SMS, les jeunes ont inventé un langage par nécessité : dire le plus avec le moins. Et cela donne des choses assez drôle : Koi 2 9 par exemple. Mais ce langage est marginal. Je dirai même qu’une tentative de simplification, comme le suggère de Closets, poserait beaucoup plus de problème que son absence. Non, le danger vient une fois de plus de l’enseignement. Une langue, c’est d’abord un apprentissage. C’est ensuite un imaginaire, une manière de voir le monde et surtout de l’exprimer. C’est l’imaginaire populaire qui fait glisser la langue dans les mœurs du temps. On frémissait quand le maître disait soudain « dictée ». Mais les remerciera-t-on jamais assez ces maîtres, car nous leur devons ce que nous sommes. On aimerait qu’il en soit encore ainsi.

 

PS/ On vous recommande aussi la lecture de l'instructif Traité de la ponctuation française, de Jacques Drillon.

lundi, 31 août 2009

Quand M. Woerth nous taquine

eric-woerth.JPGLe ministre du Budget, Eric Woerth, exhibe soudain sous notre nez les noms de 3 000 personnes possédant des avoirs dissimulés dans les paradis fiscaux. Ce chiffre est une estimation car ils seraient nettement plus nombreux. Certes, me direz-vous, au regard de la démagogie politique, ce genre de mesure fait toujours bon effet auprès du mec qui gagne le Smic, mais au regard d’une politique économique dont ce ministre se veut l’expression, je trouve ça un tantinet démagogique.
D’une part, parce qu’il y a forcément quelques raisons d’aller planquer son fric ailleurs que dans l’Hexagone. Je ne vais prendre qu’un seul – et mauvais – exemple : Johnny Halliday. Notre Johnny national, qu’on l’aime ou non, mouille sa chemise depuis des décennies dans tous ses spectacles. Il ne s’économise guère et son turbin nourrit une flopée de mecs à commencer par son producteur. Et l’Etat vient lui piquer 65 % de ses gains. Je comprends parfaitement qu’il se soit barré en Suisse. Il n’est pas le seul d’ailleurs.
Mieux vaut flinguer, me direz-vous, le trader qui s’enrichit à bon compte. Vrai . Sauf que notre trader connaît toutes les combines.
Deuxio, si les mecs planquent leur fric ainsi, c’est bien qu’il existe des combines que l’Etat n’est tout de même pas censé ignorer. Et si cela est, c’est bien que l’Etat a lui aussi recours à ces paradis fiscaux pour monter ses petites magouilles à l’ombre du contribuable en fleur.
Me tromperai-je ?
La bonne question est donc : pour quelles raisons les « riches » vont planquer leur pognon ailleurs que dans l’Hexagone ? D'autant que, je l'apprends dans le même temps, nos banques font de jolis bénéfices avec les frais financiers. Je suppute, je subodore, je suppose car je n’y connais rien en ingénierie financière.  Nos banquiers, invités récemment chez Sarko, avaient plutôt la mine réjouie en sortant du raout. Pas si efficace que ça le petit Nicolas ?
Par ailleurs, avec la crise, on a appris que la BNP, une des premières banques mondiales, avait investi un paquet de fric dans les paradis fiscaux où elle s’adonne, à l’ombre de Bercy, à quelques juteux trafics divers et variés. T’es pas au courant Woerth ? 
C’est un bizarre monsieur Woerth, il veut nous faire croire à la moralisation des finances en général et des publiques en particulier ! Mais on n’y croit pas une seule seconde.  Mon cher Eric, le costume de clown vous va mieux. Remettez-le.

samedi, 29 août 2009

Les vacances de M Hulot sont finies

On appelle ça une rentrée quand vient la fin du mois d’août. Sauf que personne, à vrai dire, n’est sorti. Les socialistes se réunissent à Espoir City dans l’attente de lendemains qui chantent et, en face, chez les libéraux, c’est le chef qui est rentré et le troupeau a regagné la bergerie.
Illico, le chef a mis en place une commission pour réfléchir sur le grand emprunt à venir et qui est conduite par l’association de deux frénétiques qui s’ennuient dans la vie depuis qu’ils sont passés à côté de leur destin, Michel Rocard d’un côté et Alain Juppé de l’autre.
Rappelons pour la petite histoire que les deux baltringues cités plus haut ont un passé chargé en matière de conneries. Rocard a passé son temps à inventer des impôts – et la dernière en date est la surréaliste taxe carbone que nous serons certainement les seuls à payer sur cette planète -, quant à Juppé,  il était à peine Premier ministre qu’il enchaînait les bourdes les unes aux autres allant jusqu’à se mettre à dos sa propre majorité. La dissolution est venue sonner la fin de partie et il était temps, plus personne ne supportait l’arrogance du « meilleur d’entre nous ».  Cela dit, ni l’un ni l’autre ne déparent dans la ménagerie Sarko-bouglionesque.
La question demeure entière de savoir si cet emprunt est bien opportun ?  Je n’en ai pas le sentiment.
D’abord parce que l’Etat a perdu une bonne occasion de faire une bonne action en se portant actionnaire des banques auxquelles il a prêté l’argent des travailleurs. L’Etat aurait ainsi, dans le contexte actuelle, récupéré des bonus et surveillé leur politique monétaire. Au lieu de cela, l’Etat a prêté sans garanties. On est donc en droit de se poser des questions sur le réel pouvoir d’un Sarkozy qui terrorise tout le monde, gauche incluse.
La mise en place de ce comité Théodule sur un emprunt encore à venir nous laisse perplexe. Pour plusieurs raisons. `
S’il ne s’agit pas de sortir du système capitaliste (car on peut être capitaliste dans un système autarcique), il s’agit néanmoins de se mettre à l’abri de ses dérives financières et spéculatives qui frisent l’escroquerie.  Sarko en a-t-il la volonté et les capacités? Il ne nous semble pas, par ailleurs, que dans cette Europe des Tartuffe qui siège à Bruxelles se soit également manifesté une farouche volonté de réforme.
Ensuite, Sarkozy ne semble nullement décidé à prendre ses distances avec l’Amérique tout en s’attachant à promouvoir une politique européenne qui ne peut avoir pour axe qu’un rapprochement avec Moscou. Nos rapports sont tendus avec l’Allemagne, ce qui favorise le dialogue de celle-ci avec nos ennemis héréditaires, les Anglais. Ces mêmes Anglais dont nous savons pertinemment qu’ils n’ont aucun désir d’Europe. Partageant avec l’Amérique une vision « thalassocratique » du monde, ils sont génétiquement antieuropéen.
Je lis, par ailleurs, que les banques se refont une santé sur notre dos, rechignant à prêter de l’argent aux entreprises. Paradoxal quand on sait que les gisements d’emploi sont justement dans ces PMI-PME qui maillent le territoire. Là encore que fait Sarko, Lagarde & C° ? Face à tant d’incertitudes, les entreprises rechignent à embaucher des jeunes et débauchent leurs seniors qu’elles collent illico en retraite dès l’âge de 60 ans – cette disposition légale prend fin en décembre prochain, le gouvernement ayant compris ses effets délétères. Là encore, mauvais calcul.
Les aides que l’Etat débloquent ici et là sont d’un très faible rendement faute d’une politique économique cohérente et surtout d’envergure. Ce que l‘on veut taire surtout, par peur de séisme électoral, ce sont les aides directes ou indirectes à l’immigration, clandestine ou non, autant qu’à la politique de naturalisation intensive via l’inique droit du sol. Enfin et surtout, notre régime démocratique est exsangue alors qu’il n’a tout juste qu’un siècle d’existence. Et, il n’est pas, semble-t-il, la meilleure réponse aux défis qui se posent aux Européens. Notre réveil sera brutal.

jeudi, 27 août 2009

La volière de Psaphon

par Christophe Barbier


Monarque soucieux de sa gloire, Psaphon fit emplir une vaste cage d'oiseaux et leur apprit à parler. Mais il leur enseigna son nom seul, que les volatiles répétaient à longueur de journée en des chants mélodieux. Ainsi va le plus abouti des systèmes courtisans : chacun n'a que le nom du maître à la bouche et s'efforce de le sertir en des ornements multiples. Tel compliment se fait écrin, tel hommage devient sautoir, il n'est d'acte ni de propos qui vaillent hors de la suprême mission de faire briller l'auguste patronyme. Ainsi commence doucement à fonctionner, aujourd'hui, l'Etat Sarkozy. Aucun ministre, ou presque, ne peut prononcer trois phrases sans évoquer les consignes ou l'exemple présidentiels, et certains tentent même d'adopter les références, les récurrences et jusqu'aux inflexions de voix du chef de l'Etat. Tout conseiller élyséen érige la servilité au rang des plus grandes vertus. Hier clan soudé vers la victoire, les sarkozystes sont aujourd'hui une cour attablée au festin du pouvoir. Jusqu'aux médias favorables à l'exécutif, qui confondent souvent la défense légitime d'une ligne éditoriale de droite avec l'anticipation des désirs intellectuels du président, et montrent ainsi que, tout comme il y a un antisarkozysme primaire, il y a un prosarkozysme pavlovien.

La nature humaine et l'essence de la Ve République entretiennent une telle corruption des moeurs dans le camp aux affaires, quel qu'il soit. Du gaullisme martial au chiraquisme bonhomme, l'esprit de cour fit des ravages sous des apprêts divers, et jamais sans doute il ne fut plus sirupeux et mortifère que sous François Mitterrand. Sans doute est-ce là un défaut profondément français, enraciné dans la mentalité nationale depuis que la flagornerie supplanta la force comme ciment des alliances autour du roi. L'esprit de cour est le fils de l'absolutisme, et bien qu'un président d'aujourd'hui ait moins de pouvoir, et moins longtemps, qu'un souverain d'autrefois, cette déviance n'a rien perdu en intensité. Plus les règnes sont brefs, plus les courtisans sont pressants.

Nicolas Sarkozy est plutôt moins gourmand de miel que ses prédécesseurs et, jadis, le fumet de la flagornerie lui faisait monter la moutarde au nez plus qu'il ne lui mettait l'eau à la bouche ; il a longtemps estimé qui lui résistait, même s'il a toujours récompensé qui le caressait. Après plus de deux ans de pouvoir, le président change lentement : lui aussi se protège des bougons et des Caton et préfère, tant la réalité du pouvoir est éprouvante, ne pas ajouter le vinaigre des critiques à l'amertume des soucis quotidiens. Les faits comptent moins que ce qu'il en pense, celui qui le critique a tort - mais qui le critique encore ? L'absence de tout rival, la carence de l'opposition le conforte en ses illusions. S'il continue, viendra bientôt le temps où seules les bonnes nouvelles franchiront les murailles du Château, où seuls ceux qui affirmeront que tout va bien auront l'oreille du Prince. Et le Prince les croira, enfermé en une citadelle de sucre que le réel balaiera en 2012.

Le président a pris congé des Français, à la fin de juillet, sur de mauvais signes. Le remaniement ne fut qu'un jeu de bonneteau, une partie de chaises musicales sans changement de musique, un échange de casquettes sans remue-méninges sous les couvre-chefs. Le 14 Juillet afficha un simulacre mièvre et périlleux du bonheur à l'Elysée : rien n'excite plus les courtisans que de voir Marie-Antoinette au milieu de ses moutons. L'épisode du malaise mélangea bruissements de mensonges, couacs d'entourages, concert de louanges et caquetages émus d'une cour toujours basse. Pourvu que Nicolas Sarkozy, en cette rentrée, n'achète pas d'oiseaux.


L’Express 27/08/2009

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