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Politique

  • L'effacement du politique

     

  • François Hollande : entre Feydeau et Klapisch…

    de benoist.jpgEntretien réalisé par Nicolas Gauthier avec Alain de Benoist

    Depuis quelques semaines, la France vit au rythme du vaudeville élyséen. Ce qui fait beaucoup rire Laurent Gerra, logique. Et vous ?

     Je ne m’intéresse pas un instant à la vie sexuelle de François Hollande, qui me paraît d’une grande banalité (normalité ?). Que sa libido monte avec le chômage ou baisse avec le pouvoir d’achat m’est parfaitement indifférent, et je me fiche éperdument de savoir s’il ambitionne d’épouser demain Leonarda, tandis que sa Valérie se mettrait en ménage avec Dieudonné. Nous ne sommes pas aux États-Unis où, puritanisme oblige, un candidat à l’élection présidentielle vivant en concubinage notoire n’aurait pas la moindre chance d’être élu. Je ne ferai que deux observations. L’une pour rappeler que le style, c’est l’homme. De ce point de vue, avec le scooteriste de l’Élysée, on navigue vraiment entre Feydeau et Cédric Klapisch, assez loin de l’élégance toute italienne avec laquelle Berlusconi assumait au moins ses soirées libertines. L’autre, plus fondamentale. Valérie Trierweiler est une journaliste, Julie Gayet une comédienne, Carla Bruni une chanteuse. On pourrait aussi citer Montebourg et Audrey Pulvar, Strauss-Kahn et Anne Sinclair, Bernard Kouchner et Christine Ockrent, et tant d’autres. Que les hommes politiques manifestent une invincible tendance à choisir leurs partenaires de sexe dans le monde de la communication, du show-business ou de la paillette médiatique confirme d’une manière extraordinairement révélatrice qu’ils appartiennent eux-mêmes désormais à la société du spectacle. Closer, complément du Journal officiel !

    Virage social-libéral ou social-démocrate ? Durant sa campagne, François Hollande a tenté de nous faire croire qu’il était « de gauche », avec la finance sans visage pour ennemi principal. Voudrait-il désormais se faire passer pour un homme « de droite » ?

     Les annonces économiques faites par François Hollande dans sa conférence de presse constituent le premier événement véritablement historique de son quinquennat. Les réactions ont été significatives. « Enfin ! », s’est écriée Laurence Parisot, dont le successeur, Pierre Gattaz, n’a pas hésité à présenter le MEDEF comme le véritable inspirateur de ce qu’il a décrit comme le « plus grand compromis social depuis des décennies », tandis que Jean-François Copé reconnaissait que ces mesures étaient « des propositions portées depuis des années par l’UMP ». Il y a longtemps, en effet, que le patronat demandait, en échange de promesses d’embauche illusoires, à être exonéré des cotisations familiales. Le « pacte de responsabilité », c’est en réalité d’abord 30 milliards d’euros de cadeaux aux actionnaires et aux grands patrons. C’est ensuite l’aveu du grand retournement de la politique économique du PS, son ralliement à la politique de l’offre et à l’ordre libéral, c’est-à-dire sa soumission à la finance de marché.

    Quand le PS se disait « socialiste », il était déjà social-démocrate. Aujourd’hui qu’il s’affirme « social-démocrate », il est en fait devenu libéral de gauche, voire libéral tout court (« ultralibéral », dit même Marine Le Pen). En satisfaisant aux revendications de classe du MEDEF, il donne à voir son vrai visage. « Mon ennemi, c’est la finance », disait en effet Hollande quand il était en campagne pour l’élection présidentielle. Avec des « ennemis » comme celui-là, on n’a plus besoin d’amis ! Le chef de l’État n’a pas seulement cocufié Valérie Trierweiler mais aussi, ce qui est plus grave, tous ceux qui ont voté pour lui. Permettez-moi d’être plus sensible à son virage libéral qu’à son tournant libidinal.

    Si la gauche semble aujourd’hui s’égarer, grande est l’impression que la droite se perd aussi, paraissant maudire les effets dont elle chérit les causes. Soit tout le paradoxe de journaux tels que « Valeurs actuelles » ou « Le Figaro Magazine », dans lesquels l’immigration est à juste titre dénoncée, mais qui continuent de prôner un capitalisme financiarisé et transnational. Peut-on être capitaliste et de droite ?

    Il existe une tradition anticapitaliste de droite, qu’on a trop oubliée. Elle a malheureusement souvent versé dans l’exaltation du corporatisme ou la dénonciation conspirationniste des « Rothschild », des « 200 familles » ou des méchants banquiers. Par myopie ou paresse intellectuelle, il lui a manqué une analyse en profondeur de l’essence même du capital. Il est évidemment plus facile de bavarder sur les dernières péripéties politiciennes que de s’interroger sérieusement sur la théorie de la valeur, la crise de valorisation du capital, le fétichisme de la marchandise et la réification des rapports sociaux.

    À une époque où la mondialisation capitaliste ne cesse d’aggraver les inégalités, non seulement entre les pays, mais à l’intérieur de chaque pays, il serait temps pour les gens « de droite » de réaliser que le capitalisme s’est aujourd’hui pleinement révélé comme un système beaucoup plus foncièrement « cosmopolite » et plus destructeur d’identités collectives que ne l’a même jamais été le communisme. Et qu’il l’est depuis ses origines : le marchand, expliquait déjà Adam Smith, n’a d’autre patrie que l’endroit où il réalise son meilleur bénéfice.

    L’essence même du capitalisme mondialisé veut qu’il détruise tout ce qui peut faire obstacle à l’expansion planétaire du marché, à commencer par toute forme de société traditionnelle, et en même temps que s’impose un type anthropologique d’individu malléable, acquis aux seules valeurs marchandes, consommateur d’autant plus docile qu’il sera coupé de tous ses repères. Le principe même de suraccumulation du capital, la logique de l’illimitation (le « toujours plus ») font que le capitalisme déstabilise tout ce qu’il touche, qu’il étend partout le désordre, l’entropie et le chaos, le mélangisme et l’indistinction. Il y a de ce point de vue une parfaite complémentarité entre le libéralisme économique « de droite » et le libéralisme sociétal « de gauche », complémentarité dont le gouvernement Hollande, qui est vraiment tout sauf un gouvernement « socialiste », donne aujourd’hui un exemple achevé.

    (source : site Boulevard Voltaire)

     

  • UN CAMELOT À L'ÉLYSÉE

    Mon ami Philippe Randa, qui commet chaque semaine un édito de grande tenue, nous livre cette semaine une analyse des plus pertinentes de Nicolas Sarkozy à laquelle nous ne trouvons pas l’ombre d’une virgule à retirer. Aussi a-t-on a décidé, en notre âme et conscience, de vous faire partager le plaisir qu’on a pris à le lire.

    Nicolas Sarkozy continue de se présenter en homme nouveau, prêt à toutes les actions et les réformes possibles, imaginables, nécessaires, urgentes, innovantes, jeunes, modernes, dynamiques, on en passe et on en oublie sûrement… et personne ne vient lui rappeler que si rien n’a été fait à temps pour prévenir les difficultés du présent sans compter celles à venir, il n’y est tout de même pas totalement étranger : ancien ministre et même ministre d’État, outre ses nombreuses responsabilités communales, départementales ou régionales, qu’a-t-il jamais fait de concret en près d’un quart de siècle au service de l’État ?
    Rares sont désormais les médias assez libres pour dénoncer l’imposture du personnage.
    Certes, le spectacle de Nicolas Sarkozy est le seul à l’affiche, l’opposition politique est inexistante. Aussi, aurait-il bien tord de se gêner à occuper le terrain social par de fracassantes déclarations, de celles, de préférences, qu’on n’attendait pas dans sa bouche. Par exemple, hier à Toulon, devant 4000 de ses partisans, il a savamment discouru une heure durant pour expliquer comment va le Monde… ou plutôt comment il ne va pas, car nous avons frôlé le précipice et l’avons échappé belle quand le boulet de la catastrophe économique nous a frôlé. Et « la crise actuelle aura des conséquences dans les mois qui viennent sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d’achat… ». S’il le dit ! Rien n’est terminé et pour beaucoup le pire est à venir car tout est encore à faire, mais il est là pour cela, n’est-ce pas et on va voir ce qu’on va voir. Pourquoi pas ! Mieux vaut tard que jamais…
    Cette crise venue d’outre-Atlantique, c’est tout bénéfice pour l’actuel hôte de l’Élysée qui peut continuer à arborer le costume de l’homme providentiel. Pour cela, il martèle quelques vérités et sonne le tocsin. On ne pourra pas lui reprocher de ne pas avoir prévenu les Français. Pour cela, il souhaite leur « dire la vérité ». Ce qui semble être la moindre chose de la part du Premier d’entre eux.
    Mais c’est aussi la fausse note qui fait craquer le vernis et rompt l’enchantement !
    Car en répétant une fois de plus qu’il dit la vérité aux Français, comme si cela ne coulait pas de source, Nicolas Sarkozy est semblable à ces personnages qui se croient obligés de clamer leur honnêteté. Ces individus qui jurent qu’ils ne vous trahiront jamais. Ces êtres qui vous martèlent qu’ils sont vos amis. Ces interlocuteurs qui promettent de ne jamais vous mentir… Toutes choses dont l’évidence devrait se suffire à elle-même pour qu’il soit aussi outrageant de les mettre en doute qu’inquiétant de s’en vanter !
    C’est pour cela sans doute que le long discours du Chef de l’État sur la politique économique, souvent frappé au coin du bon sens, des bonnes intentions, des promesses merveilleuses et des engagements de bon aloi, laisse quelque peu dubitatif.
    On l’écoute parce que le numéro est bien fait, bien huilé, que l’artiste a du rythme et du métier. Un peu comme ces camelots dans les foires qui vous vantent à merveille le dernier robot multifonctions dont vous ne pouviez déjà pas vous passer avant même qu’il n’ait été imaginé.
    C’est presque automatiquement, quasi-inconsciemment, que vous vous apprêtez à l’acheter, quand brusquement retentit en vous un petite sonnette d’alarme…
    C’est que vous en avez déjà acheté tant et tant, de ces merveilleuses machines qui finalement se ressemblent toutes… et que vous avez soigneusement rangées au fond d’un placard, faute d’avoir jamais trouvé l’occasion de les utiliser.
    Un discours de Nicolas Sarkozy, c’est un peu la même chose : c’est merveilleux, c’est excitant, c’est tentant, mais c’est finalement bien inutile !
    Et puis, à force, on n’a plus vraiment beaucoup de place dans les placards !

    Philippe Randa
    www.philipperanda.com.

  • Du principe d’invasion

    char russe.jpgJe ne vois pas à quel titre les Russes n’auraient pas le droit d’envahir la Géorgie alors que tout le monde a fermé sa gueule quand les Américains ont envahi l’Irak (sauf la France, je sais ! il a d’ailleurs fait que ça en douze ans ce pauvre Chirac). Les pays arabes n’ont pas déclaré la guerre à l’Amérique comme ils auraient dû le faire. Couper les robinets à pétrole par exemple. Et puis, comme par hasard, dans ces moments-là on n’entend pas gueuler la Licra et autres bazars du droit des babouins à aller pisser sur les pompes du voisin.
    De toute manière l’Amérique est impuissante face aux Russes et elle le sait. C’est la raison pour laquelle se dessine une nouvelle géopolitique. La Géorgie, c’est un avertissement presque gratuit. Le président désormais fantoche de Géorgie, Saakachvili, est démonétisé et ne risque plus de poser sa candidature à l’Otan. L’exemple vaut aussi pour l’Azerbaïdjan et l’Arménie si, d’aventure, ils manifestent des velléités beaucoup trop pro américaines. On va voir maintenant de quoi il retourne concernant l’Iran, véritable obsession israélo américaine. Les Américains viennent d'ailleurs de faire comprendre aux israéliens qu’il n’était pas question d’aller bombarder les sites nucléaires iraniens.
    Voilà pour le Moyen-Orient. Pour l’instant.
    En Europe, on n’est pas mieux loti avec ces cons de Polonais qui viennent de signer avec les Ricains un accord pour l’installation de leur surréaliste bouclier anti-missiles. Les Russes ont fait savoir qu’il y avait problème. Evidemment. Ils nous ont déjà fait le coup avec Dantzig, on va pas remettre le couvert.
    On a aussi un problème avec la mère Angela Merkel qui, il ne faut pas l’oublier, est une Allemande de l’Est, une Ossi ! Ce n’est pas un hasard si elle s’est mis, mezza voce certes, à défendre l’intégrité du territoire Géorgien, rayé d’un trait de plume par Medvedev de la copie de Sarkozy. Dommage que Sarko pense n’importe comment et soit proaméricain parce qu’en tant que président provisoire de l’UE, il a agi de son plein gré sans jamais en référer aux instances européennes généralement impuissantes – je pense à l’autre rigolo de Barroso. Il a mis les Européens devant le fait accompli et tout le monde a fermé sa gueule. Preuve que cette Europe est à la recherche d’un maître.
    Bon, d’accord, ça n’a pas débouché sur quelque chose de grandiose. Mais le geste ne manque pas d’audace. Et les Popofs savent que Sarko, c’est Lucky Luke, l’homme qui dégaine plus vite que son ombre.
    Non, le seul qui a compris, c’est Berlusconi. Pour des raisons qui ne sont peut-être pas les bonnes. Mais, d’emblée il a soutenu les Russes.
    Bref, tout ça pour dire que l’Europe est un salmigondis d’intérêts divergents où chacun voit midi à sa porte. Seuls tous ceux qui en croquent – fonctionnaires, hommes politiques, diplomates etc. – voudraient nous faire voter des constitutions à la con, des traités qui n’en sont pas au nom d’une idée qui ne reflète aucune réalité. Les peuples européens disent tous non à ce monstre difforme qu’est Bruxelles ou Strasbourg. Cette Europe ne marchera que quand on aura viré les Anglais et mis au pas les pays de l’Est en leur faisant comprendre où est l’intérêt général.
    Je tenais quand même à vous annoncer une bonne nouvelle, Ségolène Royal a rencontré le dalaï lama et a demandé un visa pour le Tibet. Jean-Marc Ayrault était présent, dès fois qu’elle se barre en goguette avec le dalaï machin. Car comme me le disait une vieille pute rencontrée il y a bien longtemps à Béziers lors d’une féria, même le pape en a deux. En guise de cadeau de départ à ce guignol, on pourrait lui refiler Ségolène. Ça soulagerait les mecs du PS qui ont plutôt le cerveau dans les godasses en ce moment.
    Allez, n’oubliez pas, seul Poutine est grand !

  • Propos en l’air


    poutine.01jpg.jpgPétrole cher, changement de président aux Etats-Unis, président russe qui hausse le ton à l’égard de l’Amérique l’accusant d’avoir suscité la crise, Israël qui ne cesse de jouer les va-t-en-guerre depuis 50 ans, l’émergence de pays comme la Chine et l’Inde dans le concert énergétique des nations, effacement progressif de l’Europe, tel est le triste paysage à l’aube de ce 21ème siècle qui ne va pas être serein du tout.

    Crise pétrolière tout d’abord. Est-elle artificielle ou réelle ? Allez savoir. Du pétrole, a priori, les réserves sont loin d’être épuisées. Au fond on s’en fout sauf sur un point : il faut arrêter de brûler du pétrole, qui est une matière riche, dans des voitures alors que celles-ci pourraient parfaitement rouler à l’hydrogène. Mais voilà, ça rapporte gros à l’Etat, français notamment. Car la voiture est une véritable vache à lait qui engraisse les assureurs et plus encore l’Etat qui taxe le conducteur par tous les bouts. Il faut arrêter cette mascarade et obliger les constructeurs à s’orienter vers des moteurs propres, ce que l’on sait faire. De toute manière, il faudra, contraint et forcé, y venir. Alors autant changer dès maintenant de modèle économique et remettre à l’honneur les transports en commun.

    Derrière le pétrole, c’est évidemment une tout autre guerre qui se joue. Jusqu’à ce jour, l’Amérique et l’Angleterre ont imposé leur modèle économique, le libéralisme pour faire simple. Ce libéralisme atteint ses limites car, on le voit bien aujourd’hui, il n’a plus pour seule et unique finalité que le pognon, le fric en soi si vous préférez, l’argent pour l’argent. Je n’ai rien contre le fait qu’un homme gagne de l’argent – style Jean-Luc Lagardère par exemple et pas son baltringue de fils – quand il est à la tête d’une entreprise qui fournit des emplois. Je suis contre quand des voyous genre Zacharias, l’ex-patron de Vinci, pète les plombs et pille la boîte qu’il a enrichi certes, et se barre avec quelque chose comme 200 millions € qu’il ne réinvestit dans rien si ce n’est dans son égo personnel. Bref, du fric qui sert à rien et qu’il n’aura même pas le temps de dépenser. Il va crever, ce connard, sur un tas d’or. Et alors ?
     
    C’est ce fric là que je condamne. Mais, si cette logique du pognon à l’anglo-saxonne existe, c’est bien parce qu’il n’y a plus de politique. Car, lorsqu’il y a politique, l’économie a du sens. Or, aujourd’hui, dans les pays développés, l’économie n’a plus de sens. Seule exception, la Russie évidemment. Mais l’Amérique, qui s’apprête à voter pour un métis, et cette Europe à 27 qui n’a ni queue ni tête partent littéralement à vau l’eau et laissent augurer d’une belle catastrophe. L’Amérique est une île et vivra son destin d’insulaire, ce dont on se fout complètement. En revanche, l’Europe est sur le continent, là où vont se situer tous les enjeux de ce 21ème siècle. Ce n’est pas avec un Sarkozy, ni une Angela Merkel que va se décider le sort de l’Europe dans cette cour des grands où vont s’affronter la Chine, l’Inde et la Russie. Et les atouts de la Russie on les connaît. Elle dispose à elle seule de la moitié des ressources de la planète. Alors, camarade, tirez-vous même les conclusions et vous comprendrez alors pourquoi Vladirmir Poutine est grand.

  • Ode socialiste à l'humanisme

    Par Coclés

     

    816738405.jpgL'autre soir Antenne 2 nous servait un docu-fiction sur Mitterrand à Vichy. Le film était suivi d'une série d'interviews où il était essentiellement question de l'antisémitisme vichyssois, du statut des juifs, de leur déportation et de la solution finale. Bien sûr on y fustigeait la cécité de cet homme de « droite » vis à vis de la souffrance juive, cécité que son passage, héroïque, dans la Résistance ne saurait absoudre.
    Devenu homme de "gauche" François Mitterrand n'aura certes pas lavé l'opprobre qui pèse désormais sur sa mémoire, mais au moins, comme le soulignait Edwy Plenel, le « trotskiste culturel » de service, en devenant « progressiste » sur le tard, aura-t-il acquis un droit aux circonstances atténuantes.
    En 1961, le même François Mitterrand, pleinement acquis au « progressisme » publiait chez Julliard un essai intitulé La Chine au Défi. Sur le grand timonier Mao Tsé Toung, il portait alors un jugement plein de mansuétude admirative. Un Mao que les historiens s'accordent pourtant à juger responsable de la mort de trente à soixante millions de Chinois. De ce jugement intempestif il n'est curieusement jamais question. Peut être que pour la « gauche » morale les Chinois ne sont pas tout à fait des hommes comme les autres et qu'après tout ces morts là furent immolés à un juste cause, celle du "progrès" comme dirait Plenel...
    Qu'on en juge par cet extrait.
    « Mao n'est pas un dictateur, mais le magistère qu'il exerce lui confère un pouvoir sur son peuple que ne possédèrent jamais ni le fanatisme incantatoire (assorti d'un solide régime policier) de Hitler en Allemagne ni l'énergie dévorante et cynique de Mussolini en Italie; que n'acquerront jamais un Nasser en Égypte, malgré son astucieux mélange de violence, de ruse et de pondération, un Franco en Espagne, malgré l'insolente protection de ses trois gendarmes: l'armée, l'Église et l'argent. Il n'est pas non plus de l'école de Gandhi. Ce marxiste chinois ne peut que demeurer étranger aux méthodes de pensée et d'action d'un Nehru. La rigueur doctrinale s'allie en lui à un réalisme vigilant, au goût et à l'expérience du concret, à la volonté acharnée de bâtir une société qui réponde à ses exigences sans détruire au passage l'objet même qu'elle se propose de servir. Mao est un humaniste. Mais cet humaniste-là, qui mène une révolution conquérante depuis plus de trente ans (il a conduit des armées comme le partisan qui dresse une embuscade et comme le professeur d'école de guerre qui prépare sur la carte la retraite dont il attend la victoire et ne livre combat que sur le terrain qu'il a lui même choisi), qui accepte les devoirs d'un militant et qui se soumet aux disciplines formelles, échappe aux définitions ordinaires. Même en Chine, il représente un nouveau type d'homme. La sagesse, la culture n'ont de sens, pour lui, qu'identifiées à l'action. »

    François Mitterrand, La Chine au défi, Julliard, 1961, p. 27-28.

     

  • Un certain monsieur Poutine

    b0cfcca1e9836db27a5994caa16aa796.jpgLa presse occidentale n’a pas manqué de se déchaîner contre Vladimir Poutine au sujet des élections législatives qui ont eu lieu le dimanche 2 décembre 2007 et qui voient le parti du Président, Russie unie, l’emporter largement avec plus de 64 % des suffrages.
    La presse occidentale, évidemment, ne manque pas de souligner le caractère fort peu démocratique de ces élections mais plus encore l’ensemble des processus de décisions politiques entièrement concentrés entre les mains d’un même homme.  Bref, Vladimir Poutine se comporte en tsar et non en homme politique élu démocratiquement. Nous en conviendrons bien volontiers. Est-ce pour autant choquant au regard du spectacle auquel nous avons assisté au lendemain de la chute du mur de Berlin et de l’écroulement brutal de tout le système communiste. Ah, oui, on a vu fleurir les mafias et des dirigeants corrompus (Elstine notamment) qui se sont payés sur la bête et le dos du peuple russe. Certes, il est plus satisfaisant pour l’esprit de nos belles consciences morales occidentales d’élire démocratiquement des imbéciles. Le catalogue des noms est bien fourni.
    Je ne pense pas que Valdimir Poutine ait des leçons à recevoir de nous et je trouve dommage que Nicolas Sarkozy se soit entiché de Bush et du modèle économique anglo-saxon plutôt que du leader russe. Ce libéralisme débridé que nul ne contrôle détruit nos emplois au même titre que notre culture – je suis sidéré de la place prise par les musiques d’abrutis dont on nous abreuve au détriment du livre qui semble avoir disparu de notre horizon.
    Un capitalisme contrôlé, encadré et au service de l’homme (de son destin historique exactement), tel me semble être le chemin suivi par un Poutine qui a parfaitement compris que l’important était de redonner aux Russes leur dignité et leur fierté perdues. Que cela avait plus d’importance à ses yeux que de boire du Coca Cola et de bouffer des hamburgers, parfaits symboles d’un monde décadent, aseptisé et sans âme. 
    J’invite donc monsieur Sarkozy à changer son fusil d’épaule pour quelques raisons très simples.
    D’une part, la Russie nous est géographiquement beaucoup plus proche que l’Amérique. Nous sommes, à ce titre, une puissance continentale et non maritime. Ce qui veut dire que nous ne sommes pas une thalassocratie comme l'Angleterre ou l'Amérique. Du point de vue des mentalités, ce trait est fondamental.
    Ensuite, nous sommes liés à la Russie par notre histoire et notre religion ce qui crée des liens autrement plus puissants que ceux laissés par l’envahisseur américain de 1945 à nos jours. 
    Les ressources dont dispose la Russie intéressent au premier chef non seulement les Français mais encore les Européens dont les réserves de matières premières sont limitées. On a peut-être des idées mais le pétrole est en l'état actuel incontournable.
    Enfin, en tant que puissances continentales, la Russie et l’Europe ont tout lieu de se mettre d’accord sur une vision du monde commune qui nous protège des menées et autres dérives financières anglo-saxonnes et des assauts à venir et non encore parfaitement définis de la Chine et de l’Inde. Ces deux pays qui resteront à n'en pas douter, et c'est un signe de force, culturellement cohérent, ce qui est de moins en moins notre cas.
    S’il existe encore dans ce pays des élites responsables, il serait temps qu’elles réfléchissent rapidement sur le sujet avant de savoir s’il faut faire ou non une Union méditerranéenne à la mords moi le nœud.