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Culture

  • Un Nobel pour rien !

    le clezio.jpgUn Nobel est toujours la marque d’une reconnaissance tardive. Raison de plus pour saluer celui de médecine attribué à Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier pour leurs travaux portant sur le sida.
    En revanche, on se réjouira beaucoup moins de celui attribué à Jean-Marie Le Clézio, écrivain de langue française et personnage des plus contestables tant il est politiquement correct ce qui, d’emblée, lui retire tout intérêt. Il est dans la parfaite ligne du virage amorcé depuis quelques décennies déjà par les membres du jury Nobel, à savoir un prurit égalitariste anti-occidental où l’homme blanc incarnerait une sorte de mal absolu. Mais, dans ces pays nordiques atteints du syndrome de Stockholm, voici belle lurette qu’Odin n’est plus roi.
    Revenons à Le Clézio. On lui reconnaîtra une qualité, qu’il revendique d’ailleurs, lui issu d’une mère française et d’un père britannique, c’est d’écrire en français et dans une langue de qualité (ce qui n’est pas, avouons-le, le cas de tout le monde). Mais sorti de là, son œuvre tient nettement plus du bavardage et de la digression indigeste que de la grande tradition romanesque française. Pour tout dire et afin d’être encore plus clair, c’est une œuvre ennuyeuse dont le fil conducteur consiste à suivre les errances et les foucades de cet auteur qui, grand bien lui fasse, passe son temps à voyager. Ce qui n’est pas une tare, on en conviendra, d’autant que les écrivains voyageurs nous en connaissons et d’excellente qualité, Paul Morand par exemple et pour ne citer que lui.
    Ce goût de l’ailleurs a poussé d’ailleurs Le Clézio à vivre, ces dernières années, aux Etats-Unis, à Albuquerque exactement, où il lui arrive d’enseigner par ailleurs. Je ne vois pas d’exotisme particulier à aller vivre aux Etats-Unis, si ce n’est de souscrire au mythe du bon sauvage. Je ne sais plus qui disait que l’Amérique était le seul pays à être passé directement de  la civilisation à la barbarie ! Le Clézio doit aimer les barbares !
    Dans une interview à l’Express, ce monsieur nous éclaire : « J'habite toujours aux Etats-Unis. Le Nouveau-Mexique est un endroit propice à l'écriture, il reste mon port d'attache. J'y échappe à la frénésie du monde moderne. Devant chez moi, il y a un terrain vague, et non loin de là, le Rio Grande, une zone de vide, dans le pays le plus urbanisé et pollueur de la planète. » Vide comme son œuvre.
    Ce goût du voyage – il revient présentement de Corée –  amène  notre homme à considérer le monde comme une seule et même entité où toutes les choses, à commencer par l’homme, se valent. Il n’y a pas de différence biologique majeure entre un Papou et Le Clézio. Ce qui les sépare c’est, en effet, la culture et là on notera quand même quelques différences majeures. Voici qui ne préoccupe guère ce monsieur qui considère que l’avenir de l’humanité est au métissage. Position pour le moins paradoxale pour un homme qui a défendu des pans entiers de la culture indienne mexicaine ! Mais Le Clézio n’est, semble-t-il, pas à une contradiction près.
    Quant à son dernier livre, il traite de la culpabilité de la société française envers les juifs et les peuples colonisés. Nous voici enfin dans les vrais sujets. La culpabilité de l’homme blanc ! Rien de bien neuf sous le soleil, et tout pour plaire au jury du Nobel.  
    Ce qui nous rassure, c’est que l’œuvre de ce monsieur partira finalement dans les poubelles de l’histoire car les peuples ont, heureusement, la mémoire sélective. Il est temps de relire Paul Bourget !

  • Picasso et Kate Moss

    picasso.jpgY-a-t-il des signes distinctifs qui permettraient de dire que nous entrons, ou sommes déjà, en décadence ? Mais, qu’est-ce donc que la décadence ? La décadence c’est l’achèvement d’un cycle et le commencement d’un autre. C’est la raison pour laquelle Raymond Abellio considérait que la décadence n’avait rien de dramatique mais constituait une étape nécessaire. Oswald Spengler, dans Le déclin de l’Occident considère lui aussi qu’il y a des époques de haute culture – créatrices de valeurs – et de basse culture –épuisement de ces valeurs. On lira aussi avec beaucoup d’intérêt aussi l’ouvrage de Julien Freund, La fin de la Renaissance, où il soutient la thèse que nous avons épuisé tout l’héritage intellectuel de la Renaissance et que nous entrons désormais dans un ailleurs indéfini.
    Certes, nous appréhendons cette décadence parce que nous sommes nés après la guerre de 39-45 et que nous avons connu une France qui était encore celle des clochers, des Gaulois et des congrès radsoc. De Gaulle, c’est encore la France de nos pères. 1968 est moins une galéjade qu’il n’y paraît pour la bonne raison que la lente dégradation de notre système scolaire va aller en s’accélérant pour aboutir au non-sens actuel. C’est aussi et surtout la percée massive de l’égalitarisme à l’école et de toutes ces idées sirupeuses qui déboucheront sur le totalitarisme des droit de l’homme. Mais, de telles idées ne sont pas décadentes en soi, c’est la faillite d’un système qui constitue bel et bien la décadence d’un ensemble de valeurs qui reposait sur le travail, l’effort, l’honnêteté, le civisme,etc. La civilité, la société de mœurs dont parle Elias, voici la marque même de ce qui constitue à nos yeux une civilisation. On remarquera au passage que cette société qui va grosso modo de la Renaissance à 1914, se caractérise par un grand espace de libertés civiles.
    Aujourd’hui, il semblerait bien que nous entrions dans la caricature inverse. L’école est au mieux un lieu de passage quand ce n’est pas une garderie et, dans ce cas précis, il est tout à fait logique que les enfants de la bourgeoisie s’en sortent beaucoup mieux puisqu’ils vivent dans un milieu où la contrainte éducative est la plus forte. Hors la bourgeoisie, l’Etat permet une sorte de n’o man’s land scolaire où se côtoient, à la périphérie des villes, les ethnies les plus diverses et les langues qui vont avec, ce à quoi s’ajoute la pression islamiste totalement contraire à l’esprit républicain. Mais l’Etat s’en fout.
    Au même titre, l’Etat se fout complètement de l’université puisque tous les critères de sélection ont disparu et les premières années de fac sont des dépotoirs à bacheliers en déshérences. Conclusion : pas de contrainte, peu d’attrait, l’école est un passage obligatoire que les adolescents rêvent de quitter rapidement.
    Aussi, les jeunes générations, livrées à elles-mêmes vu l’absence de modèle, vont au plus simple : la musique, le cinéma, la télévision, bref l’abrutissement assuré de mômes (et de parents) dont les seuls survivants sont ceux dont les familles ont assuré une réelle éducation.
    Le problème est que cette décadence généralisée a gagné les pseudo élites qui sont aux manettes de ce que l’on appelle pompeusement la culture et dont Jack Lang fut l’incontestable archétype. Les années Mitterrand ne sont pas des années « culture » mais des années de démagogie culturelle où à travers les Frac notamment (front régional d’art contemporain) on a vu s’épanouir ce que l’on appelle l’art contemporain et dont un imbécile comme Aillagon est le parfait représentant (chipotons pas, cela a commencé bien avant avec un mec comme Marcel Duchamp par exemple).
    Aujourd’hui, il n’y a plus de curseur qui permette de distinguer ce qui relève de l’art en particulier et de la fumisterie en général. Si, une seule chose, quand perdure la tradition à la Savonnerie de Sèvres par exemple, aux Gobelins et dans ces lieux où le savoir ancestral trouve à s’exprimer. Mais là nous sommes dans l’excellence de l’artisanat d’art, ce qui est un autre sujet. Non, ce dont je parle, c’est tout ce qui est à la portée d’un présentateur de télévision, genre Guillaume Durand, qui va s’extasier devant Jeff Koons et autres zozos de la même eau.
    Les tenants de cette modernité-là ont la vie dure, et ils sont en train de nous imposer une exposition Picasso dans laquelle ce dernier a revisité quelques grands classiques de la peinture européenne. Tout cela pour nous faire avaler l’idée que Picasso est un peintre, lui aussi classique et de l’envergure d’un Greco, d’un Poussin, d’un Vélasquez, j’en passe et des meilleurs. Cette exposition est une pure arnaque et si on la visite, c’est bien pour voir quelques œuvres de peintres authentiques mais appartenant désormais à un autre monde. Picasso est un excellent dessinateur, nous le savons et ses périodes bleue et rose le prouvent, mais dès 1920, il va se livrer à un jeu de massacre fort juteux financièrement et faire s’extasier les galéristes qui dans le même temps étaient à la recherche de nouveaux horizons picturaux et financiers. La peinture dite moderne, initiée, entre autres, par Picasso allait leur fournir le prétexte dont ils avaient besoin. Reste qu’en marge, dans le bruit et la fureur, un Nicolas de Staël bâtissait son œuvre comme le fera un Francis Bacon. Mais eux, dans la tradition. Cette exposition Picasso, si elle présente un intérêt, c’est bien de nous faire la démonstration de ce qu’est l’art et le non art ou plutôt ce qu’est l’art d’un côté et la puissance de l’argent de l’autre.

    kate-moss-or.jpgEt d’ailleurs à ce sujet, hautement symbolique, on peut également citer le cas de la statue en or massif (50 kg) représentant un mannequin anglais – Kate Moss, icône de cette modernité faite de sexe, drogue and rock’n’roll – représentée dans une position de yoga qu’elle n’a d’ailleurs jamais effectué et œuvre d’un sculpteur inconnu dénommé Marc Quinn. Picasso, Kate Moss, Quin  and Co, même combat.

  • Mon sermon du dimanche

    athena-3.jpgVous êtes choqués par la venue de pape en France ? Moi, pas du tout.  J’ai jeté un œil sur un clip réalisé par Le Parisien sur le sujet et je suis resté consterné par la connerie des réponses. La vox populi n’est pas toujours au diapason. Il y a surtout le fait que les gens ne savent pas quoi, ni que penser d’un tel événement qui ne perturbe en rien leur quotidien. Et, il est vrai aussi que non seulement la France mais encore l’Europe en général se déchristianise. En Russie, en revanche, l’église orthodoxe fait le plein.
    Mais, sur le fond, là n’est pas le problème. Croyant ou pas, nous vivons dans un monde qui a été façonné par les valeurs chrétiennes (1000 ans au bas mot), valeurs issues elles-mêmes, ne l’oublions pas, de cette Grèce antique qui a vu naître la civilisation et plus encore la culture dont nous sommes redevables aujourd’hui. Ce sont ces stoïciens, ces épicuriens et tant d’autres qui ont ancré dans le social ces valeurs que le christianisme s’empressera de récupérer afin de les adapter à son credo. Et c’est ainsi que le christianisme, cette religion du désert, pauvre en concepts et parfaitement égalitariste, va se transformer au contact d’un occident européen qui, au travers du paganisme, a déjà tout un monde d’organisé autour de la notion même de citoyen. Et ce christianisme, au contact du paganisme va accoucher du catholicisme qui va devenir la religion de l’Europe aux alentours de l’an 4 à 500, voir plus tardivement encore. Le Moyen Age, à ce titre, est une période riche car elle est celle de l’incubation qui va permettre au paganisme de perdurer via le catholicisme. Et, le catholicisme va épouser tous les instincts guerriers des Européens à l’image de ces moines soldats espagnols (ou non) qui partirent baptiser les indigènes au Mexique et au Pérou avant que les soldats de Cortès et autres Cortazar ne leur coupent la tête.
    C’est cette religion-là qui est devenue religion officielle des rois et empereurs européens. Car la première vertu d’une religion est d’être d’abord une morale sociale permettant aux populations de vivre en bonne entente. On ne lui demande en général pas autre chose. On peut gloser ensuite sur la religion elle-même, mais c’est un autre sujet qu’on laisse aux trous du cul de métaphysiciens. Et, la survie du paganisme a été essentielle dans l’éclosion du génie européen pour la bonne raison que les « intellectuels » étaient en général de joyeux hérétiques. D’ailleurs, la Renaissance s’est bâtie sur cette hérésie et Rome a laissé faire car le mouvement était trop puissant. En peinture, qu’il s’agisse du Caravage ou de Michel Ange, la représentation de la divinité et de dieu lui-même consiste d’abord à placer l’homme (de la Renaissance s’entend) au centre du monde. Dieu, ici, est une notion abstraite, mais s’il existe c’est afin de ne pas perturber les consciences et donc choquer la morale sociale.
    Donc, la venue du pape Benoît XVI ne me choque nullement. Elle nous rappelle qu’un jour le soleil a brillé à Athènes, puis à Rome avant d’irradier l’Europe entière.
    Et Poutine ne fait pas exception à la règle. Mais lui, il est du côté du sabre. Garez vos miches !

  • Pauvre Grand Palais

    342247550.jpg
    Il est un lieu qui a bercé mon enfance parisienne, c’est le Grand Palais. Môme, avec mes copains, on prenait le bus qui nous déposait juste devant et on allait ainsi au salon de l’Enfance qui se tenait là chaque année. C’était magique. Dans les années 50-65 se tinrent là aussi le salon des Arts ménagers, de l’Auto, de l’Aviation que sais-je encore. Je me souviens d’un endroit immense mais surtout de la foule que, morpions, nous devions fendre. Et puis, on l’a fermé pour travaux.
    Je dois avouer que ce Grand Palais a été magnifiquement restauré, sa verrière surtout, et c’est la raison pour laquelle, dès sa réouverture, je me suis précipité. J’ai trouvé un lieu magnifique dans sa nudité et, nettement plus vaste en hauteur qu’en surface à occuper. C’est d’autant plus vrai que le ministère de la Culture ne sait, au fond, pas quoi en faire. Il est difficile à investir, impossible à chauffer (l’hiver on se gèle) et sa galerie, non restaurée, relève du décor. C’est devenu un espace d’autant plus bizarre que nu, il se suffit à lui-même.
    Alors, l’Etat y organise des expositions « monumentales » avec des artistes qui s’y prêtent. Et c’est ainsi que le Grand Palais sert de dépotoir à l’art contemporain. On a pu y voir les « œuvres » d’Anselm Kiefer, ce zozo allemand qui reconstitue les bunkers du mur de l’Atlantique dans leur version délabrée. Pinault, dont on connaît les goûts, a dû faire un chèque pour acquérir l’une de ces merdes.
    Et, aujourd’hui, on vient nous gonfler avec l’Américain Richard Serra (voir photo). Alors lui, c’est très simple, il fait laminer des plaques de ferraille gigantesques – genre 70 tonnes – qu’il aligne en long, en large et en travers. Suivant votre portefeuille, l’œuvre est plus ou moins grande et plus ou moins lourde. Il a réussi à vendre à des élus français décérébrés, une espèce de caisson en ferraille que les édiles se sont empressés de coller sur une place de village. On croirait une benne à ordures.
    On en vient à regretter le temps où le patriotisme conduisait nos élus à commander des bronzes vantant les mérites de l’histoire nationale, du moins avant la guerre de 14. Après, on aura doit aux monuments aux morts qui ornent chaque village. Ca, au moins, c’était de l’art, même s’il était un peu pompier. Que voulez-vous, je préfère Meissonnier, avec tous ses défauts, à la moindre merde de Marcel Duchamp et de ses émules.
    En matière de quête du sens, la pauvre gamine du Journal du Dimanche qui a interrogé Richard Serra, ne s’est vraiment pas attardée sur le sujet – ni l’artiste d’ailleurs – tant il n’y a rien à dire. Elle a quand même réussi à lui tirer cet aveu « Il n’est pas besoin de connaître l’histoire de l’art et de la sculpture pour apprécier mon travail. » Ca c’est sûr, mais comme pissotière, c’est pas mal. Venez avec votre clébard !
    Toutefois, ce n’est pas le dénommé Serra, qui se dit artiste, qu’il faut blâmer, mais les gens qui l’ont fait roi, et ce sous-ministre de la culture qui n’existe pas qui autorise une telle exposition. Madame Albanel a perdu tous ses repères et cède à ce politiquement correct qui infeste le monde des idées et de l’art. On notera au passage que ce politiquement correct a de très fortes connotations sonnantes et trébuchantes. Car voici belle lurette que l’art contemporain est d’abord un art alimentaire dont se nourrit la même secte internationale et mondialiste.

  • Supprimons le ministère de la culture

    436335342.jpgLes cultureux sont descendus dans la rue ! En fait, ont manifesté un ramassis de traîne-savates qui bossent dans la culture au sens le plus vague du terme et qui sont surtout subventionnés par l’Etat. Et donc par notre pognon.
    Qu’il y ait une politique culturelle d’Etat, n’est pas choquant vu que cela a toujours existé. Le cardinal de Richelieu en est même l’archétype bien avant Jack Lang de pute.
    Auquel cas, cette culture qui n’est pas forcément la pire, est aux ordres du pouvoir dont elle exécute les desseins. C’est ainsi que vécurent nombre de peintres, d’écrivains et d’artisans qui ont fait la grandeur de ce pays. Le roi ou l'Eglise payaient, ils s’exécutaient.
    En démocratie, la chanson n’est pas la même. On ne chante plus la grandeur de la nation mais d’un clan. La culture devient partisane et c’est moins de la culture d’ailleurs, au sens noble du terme, que de la propagande dont il s’agit.
    Dans ce contexte, on notera que ce que l’on appelle la droite ne sait pas plus ce que signifie le mot culture que le mot droite. Ah si, elle sait une chose, c’est qu’en matière électorale, elle n’est pas de gauche et qu’elle est pour une société de liberté qu’elle confond d’ailleurs avec le libéralisme. C’est la raison pour laquelle elle a abandonné depuis belle lurette tout ce qui est culturel à la gauche qui s’en gargarise jusqu’à plus soif. De sorte que l’on comprend mieux l’expression : « Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver ! ».
    Car pour la gauche, est culturel tout ce qui est antinational, tout ce qui n’a pas été revu et corrigé par l’historiographie hagiographique de la honte et du masochisme national.
    Aussi, voir ce gouvernement, et cette bien triste Christine Albanel, ci-devant ministre de la Culture, tailler dans les subventions et les réduire en peau de chagrin ne peut que nous réjouir. D’ailleurs, on devrait exiger la suppression de ce ministère et confier la gestion du patrimoine à l’armée. Cela occuperait mieux nos troufions que de les envoyer comme chair à canon du mondialisme en Afrique, en Afghanistan ou ailleurs.

  • Sauvons le patrimoine de l'Imprimerie nationale

    Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy


    4f0233cddbc7e7b1830644f64de35ab1.jpgAvec 25 000 savants et intellectuels, l'écrivain Jérôme Peignot en appelle ici à la sauvegarde des trésors de l'Atelier du Livre de l'Imprimerie nationale

    Monsieur le Président de la République, Nombreux sont les philosophes qui ont soutenu que notre avenir est inscrit dans notre passé. De cette pensée, vous vous êtes tout récemment fait le défenseur. Lors du discours que vous avez prononcé à l'occasion de l'inauguration de la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, vous avez eu cette phrase : Il ne sert à rien d'être si fier de notre patrimoine et de continuer à mégoter pour l'entretenir.» Il est une part essentielle de notre patrimoine national qui mérite d'autant plus votre attention qu'à elle seule elle résume tout ce qui caractérise notre civilisation française : l'Atelier du Livre de l'Imprimerie nationale. Il s'agit d'un ensemble unique au monde. A l'héritage exceptionnel de ses collections, dont les plus anciennes remontent à François Ier - poinçons et caractères, gravures sur bois et en taille-douce, vignettes, fers à dorer, soit au total plus de 500 000 pièces -, il allie l'essentiel des métiers d'art qui composent l'histoire de l'imprimerie et de ses techniques : gravure de poinçons, fonte de caractères en plomb, composition manuelle et mécanique, impression typographique, lithographie sur pierre, taille-douce et phototypie.
    Nos compositeurs orientalistes disposent en outre des fabuleux trésors accumulés au fil des siècles. Les plus célèbres sont les grecs du Roi dessinés par Claude Garamont pour obtempérer aux voeux de François 1er, les buis du Régent, 80 000 caractères chinois gravés sur bois de 1715 à 1740. Hiéroglyphes, cunéiformes, hébreu, araméen, samaritain et rabbinique, douze styles de caractères arabes - coufique, karmatique, d'Avicenne... -, sept langues de l'Inde, éthiopien, arménien, tifinagh, palmyrénien, tibétain, khmer, siamois, mongol, chinois, japonais, maya... ce sont au total 72 écritures et plus de 50 langues du monde qui peuvent être composées avec les caractères historiques de l'Imprimerie nationale. A cet ensemble il faut adjoindre une bibliothèque historique de 30 000 ouvrages, dont la plupart sont d une valeur inestimable.
    Après la vente de l'immeuble de l'Imprimerie, rue de la Convention à Paris, et celle de la maison d'édition de l'entreprise qui éditait, entre autres, les Editions du Patrimoine lancées par André Malraux, l'Atelier a été installé (il faudrait plutôt dire «parqué») dans un hangar de 1 000 mètres carrés - alors qu'il en faudrait plus du double et, pour ce qui concerne les livres, sans le degré hygrométrique convenant à leur conservation - à Ivry-sur-Seine, où, très réduite, son activité est fortement déficitaire. Cette dangereuse solution ne saurait être que temporaire.
    Un petit groupe d'intellectuels, le Collectif Garamonpatrimoine (1), a émis sur internet, il y a déjà trois ans, un manifeste appelant à la défense de cette richesse que le monde entier nous envie. Ce texte qui s'adresse au ministre des Finances, sous la tutelle duquel se trouve toujours aujourd'hui et de façon anachronique placé ce patrimoine, a été signé par plus de 25 000 personnes, dont nombre de savants, d'enseignants et d'intellectuels, tant français qu'étrangers.
    Le Collectif Garamonpatrimoine promeut un projet vivant tourne vers 1 avenir ou la production de l'Atelier serait maintenue et articulée à l'enseignement, à la formation et à la recherche. Nous en avons tracé les contours dans un projet pour un Conservatoire de l'Imprimerie, de la Typographie et de l'Ecrit CITE. Deux pistes concrètes vont dans ce sens : la Maison internationale de l'Illustration à Bobigny et le projet de l'Ecole Estienne.
    Nous comptons sur vous, Monsieur le Président de la République, pour :
    1- lever la tutelle du ministère des Finances sur ce dossier et la confier au ministère de la Culture;
    2- transférer ce patrimoine dans l'un des deux lieux évoqués dans le cadre du projet CITE. En cas de blocage, nous savons que le Musée de l'Imprimerie à Lyon et celui de Nantes seraient preneurs de ce trésor. Encore faudrait-il que l'Education nationale participât à la mise en oeuvre de ce plan;
    3 - étendre le classement du Cabinet des Poinçons à l'ensemble des caractères, des machines, de la bibliothèque, bref à l'ensemble de l'Atelier et, bien entendu, de ses savoir-faire;
    4 - engager enfin une politique active en faveur de ce patrimoine. Au terme de cette lettre, permettez-moi de citer ce superbe exorde de Diderot dans la «Lettre sur le commerce des livres» : «Entre les différentes causes qui ont concouru à nous tirer de la barbarie, il ne faut pas oublier l'invention de l'art typographique. Donc, décourager, abattre, avilir cet art, c'est travailler à nous y replonger et faire ligue avec la foule des ennemis de la connaissance humaine.»
    Avec l'espoir d'être parvenu à vous convaincre d'agir rapidement en faveur de cette cause, je vous prie de bien vouloir croire à l'assurance de ma très haute considération.

    (1) garamonpatrimoine. Org/jeromepeignolfree