mardi, 01 septembre 2009

Parlez-vous françois ?

autrefois 3 (10).jpgFrançois de Closets, ancien journaliste scientifique, est aussi un auteur à succès. Après la science, il s’est mis en tête de dénoncer les dysfonctionnements - ô combien nombreux – de la société de consommation. Dans son dernier ouvrage, il s’en prend à la langue française et plus précisément à l’orthographe. Sa thèse : on pourrait simplifier l’orthographe de bien des mots. Il est vrai que notre orthographe n’est pas logique (imbécile et imbécillité) mais avec un bon dictionnaire, on arrive à tout. Ce débat, vous vous en doutez, n’est pas nouveau. Au titre des pseudos réformes qui ont trouvé une application, dans la presse notamment,  on trouve l’inique féminisation du vocabulaire, ce qui donne des horreurs du genre : auteure, écrivaine, etc. Nous sommes nombreux à ne pas appliquer cette règle stupide, Freud nous ayant assez cassé les bonbons avec son complexe d’Œdipe. Le féminin, il suffit, y en a partout. Vive le masculin.
S’il est vrai qu’il est des individus qui ont la grammaire et l’orthographe innées (Paul Morand, Antoine Blondin, Marcel Aymé) il est vrai que la plupart d’entre nous avons quand même un peu ramé à l’école entre la dictée du jour et la leçon de grammaire. Mais le maniement de la langue est un exercice dont je ne me lasse pas. Il y a d’excellents dictionnaires et une excellente grammaire (Grevisse) qui ont tout lieu de faire le bonheur du cancre.
Cela dit, de Closets dit une chose très juste : il y a eu très longtemps en France et jusqu’au XIXème siècle  une langue d’usage et une langue écrite. Dans la langue d’usage, les fautes n’avaient guère d’importance. Pas dans l’écrit. Et, il est vrai que c’est la République qui va figer la langue dans un seul et même écrin. Faut-il y voir là l’influence d’un Littré ou d’un Larousse ? Albert Thibaudet (Histoire de la littérature française), note l’influence exercée par la génération des jeunes normaliens comme Renan et Taine à partir de 1850.  Il y a là assurément du vrai. Fût-ce un grand mal ? Ma grand-mère – femme de bien s’il en fut -  faisait peu de fautes et avait passé son certificat d’études avec succès avant 1914.
Pour répondre à M. de Closets, je dirai qu’aucun décret, aucune loi n’imposeront jamais une modification de la règle. Une langue a besoin d’un curseur et celui-ci évolue naturellement au fil du temps.  C’est l’usage qui fait évoluer une langue, moins dans son architecture que dans son vocabulaire. Avec leurs SMS, les jeunes ont inventé un langage par nécessité : dire le plus avec le moins. Et cela donne des choses assez drôle : Koi 2 9 par exemple. Mais ce langage est marginal. Je dirai même qu’une tentative de simplification, comme le suggère de Closets, poserait beaucoup plus de problème que son absence. Non, le danger vient une fois de plus de l’enseignement. Une langue, c’est d’abord un apprentissage. C’est ensuite un imaginaire, une manière de voir le monde et surtout de l’exprimer. C’est l’imaginaire populaire qui fait glisser la langue dans les mœurs du temps. On frémissait quand le maître disait soudain « dictée ». Mais les remerciera-t-on jamais assez ces maîtres, car nous leur devons ce que nous sommes. On aimerait qu’il en soit encore ainsi.

 

PS/ On vous recommande aussi la lecture de l'instructif Traité de la ponctuation française, de Jacques Drillon.

vendredi, 14 août 2009

Devoirs de vacances

vacances.jpgChaussé d’une paire de tongs en peau de yak et vêtu d’un pagne assorti, notre agent double Bébert s’est ingénieusement fondu parmi les 40 % de Français qui ne partent pas en vacances. Plutôt que de danser la samba sous les cocotiers, il a médité ce poème de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) : « On appelle vacances les voyages d’agrément d’au moins quatre nuits hors du domicile. »

Longtemps les deux semaines de congés payés conquises par les grévistes du Front populaire et votées le 20 juin 1936 ont épouvanté la bourgeoisie éclairée. Quoi ! Des prolétaires temporairement libérés de la machine oseraient lui disputer le monopole des vacances ? Le spectre du métallo indocile en maillot de bain hante le haut fonctionnaire socialiste François Bloch-Lainé : « Il est nécessaire, pour la sauvegarde de l’ordre public, que les masses ouvrières ne consacrent pas leurs loisirs à développer les fléaux sociaux ou à fomenter des troubles. Tout moyen qui tend à les éloigner de l’alcoolisme ou de la sédition contribue au maintien de cet ordre. L’Éducation populaire en est un : elle offre aux travailleurs des occupations saines et éclairant leur intelligence, les conduit à la modération [1]. »

Modération ? Trois semaines en 1956, quatre en 1969, cinq en 1982... les roublards séditieux en demandent toujours plus. Entre 1951 et 1989, le taux de départs en vacances des Français passe de 31 % à 60,7 % [2]. L’« occupation saine » des salariés devient une activité économique. Dans un secteur de l’hôtellerie-restauration, réputé pour ses conditions de travail idylliques, les soutiers du délassement produisent 6,5 % de la richesse nationale. En 1936, la droite avait rebaptisé « ministère de la paresse » le sous-secrétariat d’État aux Loisirs et aux Sports ; en 2006, le ministre du Tourisme nage le crawl dans les piscines d’euros qu’alimentent 1 million de serveurs et de maîtres nageurs.


Fatuité et farniente

Comme dans l’éducation, la « massification » des vacances n’a pas entraîné de nivellement des inégalités. Au contraire. Vautré devant un compendium de statistiques, Bébert, notre grand reporter, note un creusement des écarts entre les classes sociales. Depuis 1989, le taux de départ en vacances reste bloqué aux alentours de 60 %. Mais il ne s’agit que d’une moyenne. Dans le détail, le ciel de la « démocratie des loisirs » s’assombrit : « En 1999, 43 % des personnes parmi les 10 % de ménages les plus modestes ont effectué au moins un séjour, contre 86 % de celles qui appartiennent aux 10 % de ménages les plus aisés [3] ». La bourgeoisie cultivée combine fatuité et farniente : entre 1957 et 1999, le taux de départs en vacances des cadres et professions intellectuelles supérieures est passé de 82 à 86 %. Durant la même période, ce taux a, pour les ouvriers, régressé de plus de 10 points, passant de 56 à 45 % [4]. Pendant que Jean Daniel félicite BHL pour l’aménagement de son palace « incroyablement luxueux » à Marrakech, moins d’un ouvrier sur deux peut s’offrir une visite chez sa tante bretonne.

Il est en outre hors de question de mélanger les théoriciens cossus du « métissage » avec le tout-venant du salariat. Aux inégalités dans l’accès aux vacances s’ajoutent les inégalités concernant la nature de ces vacances. Quand les pauvres campent avec la marmaille qui braille, visitent les parents, voyagent en groupes ou louent les bunkers en front de mer à la Grande-Motte, les classes aisées choisissent un trekking au Sahara recommandé par Le Nouvel Observateur, un séjour individuel à vocation « culturelle », ou privilégient le tourisme « éthique », qui régénère le citadin par un contact « spirituel » avec la nature ou les autochtones. « La clientèle saharienne, explique l’Unesco, est issue d’une population de cadres moyens et cadres supérieurs, d’enseignants, de professions libérales et médicales, de dirigeants d’entreprises ; en général une population qui dispose de revenus conséquents [5]. »

Ici, la ségrégation sociale rend presque impossible la rencontre au bord d’une plage d’Arnaud Lagardère et d’une caissière de supermarché – à moins que cette dernière n’ait contracté un emploi saisonnier d’hôtesse de yacht. En vacances, la bourgeoisie cultivée n’a qu’une obsession : affirmer son goût de « l’authentique » et se tenir à l’écart des « touristes », c’est-à-dire des salariés en vacances, dont Laurent Joffrin a dressé le tableau délicat : « Beaufs suants, maillots de corps fripés et pastagas éclusés sous le soleil entre la route enfumée et la plage ruisselante d’huile de bronzage » (Libération, 2-3.8.86). Pour maintenir la distance, l’abonné au Nouvel Observateur ou le lecteur des Inrockuptibles doit rechercher des destinations toujours plus lointaines, plus rares, des prestations toujours plus individualisées. Dès 1986, Joffrin s’inquiétait de ce qu’en matière de vacances « petit à petit les moutons se changent en renards et les pauvres sont de plus en plus malins ». Vingt ans plus tard, l'encore directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, aujourd'hui patron de la rédaction de Libération, est en tournée promotionnelle pour son livre sur la gauche caviar. Amnésique, il dénonce le mépris des élites pour le peuple. Blanche-Neige porte la barbiche et marmonne : « Miroir, mon beau miroir... »

[1] François Bloch-Lainé, L’Emploi des loisirs ouvriers et l’Éducation populaire, Librairie du Recueil Sirey, Paris, 1936, p. 15.

[2] Cité par Jacques Chauvin, Le Tourisme social et associatif en France : acteur majeur de l’économie sociale, L’Harmattan, 2002, p. 37.

[3] Céline Rouquette, « Dix ans de vacances des Français », in France, portrait social 2002/2003, Insee, 2003.

[4] Enquêtes Insee sur les vacances des Français.

[5] « Le Sahara des cultures et des peuples : vers une stratégie pour un développement durable du tourisme au Sahara dans une perspective de lutte contre la pauvreté », Unesco, juillet 2003, p. 30.


Source : Le plan B

lundi, 27 juillet 2009

Le tour de France est fini, vive le Tour !

diapo_diapo3.jpgTous les tours de France sont beaux. Certains plus que d’autres. Cette année, les organisateurs nous ont concocté un tour assez mal foutu, car tout s’est joué en troisième semaine. A défaut d’attaquer, on a vu des cyclistes pédaler sec. Comme j’appartiens à cette race de gentilshommes et de gueux qui regardent le tour à la téloche, on a eu droit, comme chaque année, à un survol de la France vraiment enchanteur et des commentaires sobres mais judicieux. Si Thierry Adam nous a souvent cassé les pieds avec ses discours parfois décalés, nous avions les avis éclairés de Laurent Jalabert et Laurent Fignon. J’espère Sincèrement que Fignon va finir par vaincre son cancer tant cet homme est aussi intelligent que sympathique. Ses avis éclairés étaient précieux, emprunts de bon sens et d’une grande connaissance de la course. Cela ne minimise en rien le talent de Jalabert. Ils forment un excellent tandem, comme quoi le service public peut avoir de bonnes idées. Reste que j’ai couplé le tour avec celui plus gastronomique de Jean-Luc Petitrenaud, autre artiste, qui nous fait découvrir la France profonde des artisans de bouche. Ah, ces trognes de charcutier, de boucher, de boulanger, de viticulteur, de cuistot vous collent l’eau à la bouche et l’on se dit qu’en effet la France est bien belle.
C’est la raison pour laquelle on ne peut qu’en vouloir à cette classe politique qui depuis des lustres la pourrit au nom du profit, de la démocratie et des droits de l’homme, vendus qu’ils sont au capitalisme financier apatride et mondialiste. Déraciner et acculturer de pauvres bougres, maghrébins ou noirs, afin de les exploiter et clochardiser les autres faute de travail, vous appelez ça comment dans les chaumières de la droite et de la gauche « bobos sarkoïsés » ? Revers de la médaille, ils implantent l’islam en des terres jusqu’alors chrétiennes. Et l’autre imbécile de Besson qui justifie des zones de non droit !
Irresponsabilité des patrons, irresponsabilité des politiques avec une facture toujours payée par le peuple français. Le salaire de ces patrons est d'ailleurs une insulte à l’ensemble du monde du travail, à ces chirurgiens qui sauvent des vies chaque jour, aux charpentiers, aux horlogers, aux plombiers, etc., à tous ceux qui participent en silence à la richesse de la nation. Richesse dilapidée par tous ces baltringues qui s’imaginent faire partie d’une élite ? Car c’est bien vers le peuple que se sont retournés les Etats et ces banquiers véreux quand ils ont a fait exploser le système et vidé les caisses avec des méthodes mafieuses. Et que font les Etats, que font nos élites éclairées ? Elles font comme si de rien n’était. Elles accompagnent leur gonzesse à un concert à New York pour célébrer le mec et ses sbires qui ont programmé la disparition d’un pays jadis civilisé, l’Afrique du Sud. Tout un symbole ! Allez, regarde devant et pédale ...

dimanche, 22 février 2009

Allez chez les bouquinistes … Sauvez votre culture

Il y a le tumulte du monde, la crise systémique du capitalisme financier, la Guadeloupe qui, rendue à l’indépendance, nous coûterait moins cher – accompagné du retour au pays de ses ressortissants métropolitains – ou le largage pur et simple de ces DOM-TOM qui sont le dernier fardeau de l’homme blanc. Rayons d’un trait ce qui constitue donc la survivance de ce colonialisme honteux et libérons définitivement ces populations et surtout Madame Taubira qui porte sur elle les stigmates de l’exploitation négrière.
Et puis, il y a Pécresse, Jego, Kouchner, Darcos que les syndicats ont vidé de sa substance et tous les autres qui rament en silence sous l’œil de Zébulon.
Et, comme dans ce pays, il y aura toujours un con pour brandir une pancarte et gueuler à tort et à travers, on s’imaginera toujours que l’on est au pays des droits de l’homme. Ca gueule de partout d’ailleurs, au bistrot, au boulot, quant aux plumards je ne jurerai de rien. A l’école c’est la révolution permanente, dans les hôpitaux la régression programmée et la grande muette comme on l’appelle toujours aussi muette. Pas l’ombre d’un putsch à l’horizon. Quelle misère !
Je reçois le catalogue d’un ami libraire d’occasion. Oui, oui, il y a encore des gens courageux à l’heure où la seule sous-culture des jeunes, c’est la Star’Ac. Ce qui me stupéfie dans cette époque, c’est le surinvestissement musical par rapport au livre désormais quasi absent du paysage idiotvisuel. D’ailleurs, je serai bien en peine de vous citer le moindre chanteur faisant vibrer ces jeunes générations. Et pourtant, n’ayant reçu aucune éducation musicale, j’écoute de tout, mais j’ai surtout tendance à n’écouter rien. Je préfère le calme et le silence de mon ordinateur. En revanche, j’ai toujours un livre ou un journal à portée de main.
Donc, disais-je, je feuilletais le catalogue de mon copain libraire qui publie son fonds. Il y a là une belle brochette d’auteurs dont tout môme d’aujourd’hui, ignorera à jamais le nom. Ce catalogue est le cimetière de nos amours passés, présents et futurs mais aussi celui des gloires disparues. Je suis sûr que Gide ne dit plus grand chose à personne. Il fut immense. Que dire alors de Henri Béraud (décédé en 1958), immense prosateur, injustement condamné à la Libération. Voici un auteur qui devrait figurer dans tous les manuels scolaires, c’est Marcel Aymé, l’immense Marcel, copain de Céline (dont je n’ose même pas parler, il n’y a pas un quart de la population seulement capable de le lire), dont l’œuvre entière est d’un classicisme parfait. Et Hervé Bazin, qui n’est pas ma tasse de thé, auteur très populaire hier est rayé des cadres aujourd’hui. Évidemment, si je vous parle de René Béhaine (mort en 1966), vous allez décrocher. Et pourtant, c’est un bel écrivain qui a rédigé en 16 volumes une Histoire de la société. Béhaine qui détestait les bourgeois. Rassurez-vous, même d’occase, vous ne trouverez pas grand-chose de cet auteur. Il n’est pas le seul, je vous rassure. Mais, tout ça pour dire que nous disposons d’un fonds littéraire magnifique, aux talents variés et dans lequel il suffirait de puiser. Pour ce faire, il faut aussi un peu de curiosité. On a le sentiment, désagréable, disons-le, qu’un continent – celui de notre culture – est en train de disparaître. D’autant que les pseudo-dictionnaires oublient plus de la moitié d’entre eux notamment ceux que l’on appelle les « petits maîtres » dont certains furent immenses, à l’image d’un Rémy de Gourmont qui clôt à lui seul le XIXème siècle. Hier, il y avait un milieu littéraire formé aux humanités gréco-latines. On faisait quelques fautes d’orthographe, ne nous le cachons pas, mais nous n’avions besoin de personne pour rédiger une lettre de motivation. On savait que Molière et La Fontaine avaient illuminé le siècle de Louis XIV, Voltaire celui de Louis XV.
Pour toutes ces raisons, je me pose la question du devenir de nos libraires d’occasion, de nos bouquinistes comme on les appelle également, car, s’ils disparaissent, nul ne connaîtra plus le plaisir d’aller chiner et trouver ces perles qui font la joie de nos bibliothèques. Et, là, ce sera la fin d’un monde.

dimanche, 12 octobre 2008

Un Nobel pour rien !

le clezio.jpgUn Nobel est toujours la marque d’une reconnaissance tardive. Raison de plus pour saluer celui de médecine attribué à Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier pour leurs travaux portant sur le sida.
En revanche, on se réjouira beaucoup moins de celui attribué à Jean-Marie Le Clézio, écrivain de langue française et personnage des plus contestables tant il est politiquement correct ce qui, d’emblée, lui retire tout intérêt. Il est dans la parfaite ligne du virage amorcé depuis quelques décennies déjà par les membres du jury Nobel, à savoir un prurit égalitariste anti-occidental où l’homme blanc incarnerait une sorte de mal absolu. Mais, dans ces pays nordiques atteints du syndrome de Stockholm, voici belle lurette qu’Odin n’est plus roi.
Revenons à Le Clézio. On lui reconnaîtra une qualité, qu’il revendique d’ailleurs, lui issu d’une mère française et d’un père britannique, c’est d’écrire en français et dans une langue de qualité (ce qui n’est pas, avouons-le, le cas de tout le monde). Mais sorti de là, son œuvre tient nettement plus du bavardage et de la digression indigeste que de la grande tradition romanesque française. Pour tout dire et afin d’être encore plus clair, c’est une œuvre ennuyeuse dont le fil conducteur consiste à suivre les errances et les foucades de cet auteur qui, grand bien lui fasse, passe son temps à voyager. Ce qui n’est pas une tare, on en conviendra, d’autant que les écrivains voyageurs nous en connaissons et d’excellente qualité, Paul Morand par exemple et pour ne citer que lui.
Ce goût de l’ailleurs a poussé d’ailleurs Le Clézio à vivre, ces dernières années, aux Etats-Unis, à Albuquerque exactement, où il lui arrive d’enseigner par ailleurs. Je ne vois pas d’exotisme particulier à aller vivre aux Etats-Unis, si ce n’est de souscrire au mythe du bon sauvage. Je ne sais plus qui disait que l’Amérique était le seul pays à être passé directement de  la civilisation à la barbarie ! Le Clézio doit aimer les barbares !
Dans une interview à l’Express, ce monsieur nous éclaire : « J'habite toujours aux Etats-Unis. Le Nouveau-Mexique est un endroit propice à l'écriture, il reste mon port d'attache. J'y échappe à la frénésie du monde moderne. Devant chez moi, il y a un terrain vague, et non loin de là, le Rio Grande, une zone de vide, dans le pays le plus urbanisé et pollueur de la planète. » Vide comme son œuvre.
Ce goût du voyage – il revient présentement de Corée –  amène  notre homme à considérer le monde comme une seule et même entité où toutes les choses, à commencer par l’homme, se valent. Il n’y a pas de différence biologique majeure entre un Papou et Le Clézio. Ce qui les sépare c’est, en effet, la culture et là on notera quand même quelques différences majeures. Voici qui ne préoccupe guère ce monsieur qui considère que l’avenir de l’humanité est au métissage. Position pour le moins paradoxale pour un homme qui a défendu des pans entiers de la culture indienne mexicaine ! Mais Le Clézio n’est, semble-t-il, pas à une contradiction près.
Quant à son dernier livre, il traite de la culpabilité de la société française envers les juifs et les peuples colonisés. Nous voici enfin dans les vrais sujets. La culpabilité de l’homme blanc ! Rien de bien neuf sous le soleil, et tout pour plaire au jury du Nobel.  
Ce qui nous rassure, c’est que l’œuvre de ce monsieur partira finalement dans les poubelles de l’histoire car les peuples ont, heureusement, la mémoire sélective. Il est temps de relire Paul Bourget !

vendredi, 10 octobre 2008

Picasso et Kate Moss

picasso.jpgY-a-t-il des signes distinctifs qui permettraient de dire que nous entrons, ou sommes déjà, en décadence ? Mais, qu’est-ce donc que la décadence ? La décadence c’est l’achèvement d’un cycle et le commencement d’un autre. C’est la raison pour laquelle Raymond Abellio considérait que la décadence n’avait rien de dramatique mais constituait une étape nécessaire. Oswald Spengler, dans Le déclin de l’Occident considère lui aussi qu’il y a des époques de haute culture – créatrices de valeurs – et de basse culture –épuisement de ces valeurs. On lira aussi avec beaucoup d’intérêt aussi l’ouvrage de Julien Freund, La fin de la Renaissance, où il soutient la thèse que nous avons épuisé tout l’héritage intellectuel de la Renaissance et que nous entrons désormais dans un ailleurs indéfini.
Certes, nous appréhendons cette décadence parce que nous sommes nés après la guerre de 39-45 et que nous avons connu une France qui était encore celle des clochers, des Gaulois et des congrès radsoc. De Gaulle, c’est encore la France de nos pères. 1968 est moins une galéjade qu’il n’y paraît pour la bonne raison que la lente dégradation de notre système scolaire va aller en s’accélérant pour aboutir au non-sens actuel. C’est aussi et surtout la percée massive de l’égalitarisme à l’école et de toutes ces idées sirupeuses qui déboucheront sur le totalitarisme des droit de l’homme. Mais, de telles idées ne sont pas décadentes en soi, c’est la faillite d’un système qui constitue bel et bien la décadence d’un ensemble de valeurs qui reposait sur le travail, l’effort, l’honnêteté, le civisme,etc. La civilité, la société de mœurs dont parle Elias, voici la marque même de ce qui constitue à nos yeux une civilisation. On remarquera au passage que cette société qui va grosso modo de la Renaissance à 1914, se caractérise par un grand espace de libertés civiles.
Aujourd’hui, il semblerait bien que nous entrions dans la caricature inverse. L’école est au mieux un lieu de passage quand ce n’est pas une garderie et, dans ce cas précis, il est tout à fait logique que les enfants de la bourgeoisie s’en sortent beaucoup mieux puisqu’ils vivent dans un milieu où la contrainte éducative est la plus forte. Hors la bourgeoisie, l’Etat permet une sorte de n’o man’s land scolaire où se côtoient, à la périphérie des villes, les ethnies les plus diverses et les langues qui vont avec, ce à quoi s’ajoute la pression islamiste totalement contraire à l’esprit républicain. Mais l’Etat s’en fout.
Au même titre, l’Etat se fout complètement de l’université puisque tous les critères de sélection ont disparu et les premières années de fac sont des dépotoirs à bacheliers en déshérences. Conclusion : pas de contrainte, peu d’attrait, l’école est un passage obligatoire que les adolescents rêvent de quitter rapidement.
Aussi, les jeunes générations, livrées à elles-mêmes vu l’absence de modèle, vont au plus simple : la musique, le cinéma, la télévision, bref l’abrutissement assuré de mômes (et de parents) dont les seuls survivants sont ceux dont les familles ont assuré une réelle éducation.
Le problème est que cette décadence généralisée a gagné les pseudo élites qui sont aux manettes de ce que l’on appelle pompeusement la culture et dont Jack Lang fut l’incontestable archétype. Les années Mitterrand ne sont pas des années « culture » mais des années de démagogie culturelle où à travers les Frac notamment (front régional d’art contemporain) on a vu s’épanouir ce que l’on appelle l’art contemporain et dont un imbécile comme Aillagon est le parfait représentant (chipotons pas, cela a commencé bien avant avec un mec comme Marcel Duchamp par exemple).
Aujourd’hui, il n’y a plus de curseur qui permette de distinguer ce qui relève de l’art en particulier et de la fumisterie en général. Si, une seule chose, quand perdure la tradition à la Savonnerie de Sèvres par exemple, aux Gobelins et dans ces lieux où le savoir ancestral trouve à s’exprimer. Mais là nous sommes dans l’excellence de l’artisanat d’art, ce qui est un autre sujet. Non, ce dont je parle, c’est tout ce qui est à la portée d’un présentateur de télévision, genre Guillaume Durand, qui va s’extasier devant Jeff Koons et autres zozos de la même eau.
Les tenants de cette modernité-là ont la vie dure, et ils sont en train de nous imposer une exposition Picasso dans laquelle ce dernier a revisité quelques grands classiques de la peinture européenne. Tout cela pour nous faire avaler l’idée que Picasso est un peintre, lui aussi classique et de l’envergure d’un Greco, d’un Poussin, d’un Vélasquez, j’en passe et des meilleurs. Cette exposition est une pure arnaque et si on la visite, c’est bien pour voir quelques œuvres de peintres authentiques mais appartenant désormais à un autre monde. Picasso est un excellent dessinateur, nous le savons et ses périodes bleue et rose le prouvent, mais dès 1920, il va se livrer à un jeu de massacre fort juteux financièrement et faire s’extasier les galéristes qui dans le même temps étaient à la recherche de nouveaux horizons picturaux et financiers. La peinture dite moderne, initiée, entre autres, par Picasso allait leur fournir le prétexte dont ils avaient besoin. Reste qu’en marge, dans le bruit et la fureur, un Nicolas de Staël bâtissait son œuvre comme le fera un Francis Bacon. Mais eux, dans la tradition. Cette exposition Picasso, si elle présente un intérêt, c’est bien de nous faire la démonstration de ce qu’est l’art et le non art ou plutôt ce qu’est l’art d’un côté et la puissance de l’argent de l’autre.

kate-moss-or.jpgEt d’ailleurs à ce sujet, hautement symbolique, on peut également citer le cas de la statue en or massif (50 kg) représentant un mannequin anglais – Kate Moss, icône de cette modernité faite de sexe, drogue and rock’n’roll – représentée dans une position de yoga qu’elle n’a d’ailleurs jamais effectué et œuvre d’un sculpteur inconnu dénommé Marc Quinn. Picasso, Kate Moss, Quin  and Co, même combat.

samedi, 13 septembre 2008

Mon sermon du dimanche

athena-3.jpgVous êtes choqués par la venue de pape en France ? Moi, pas du tout.  J’ai jeté un œil sur un clip réalisé par Le Parisien sur le sujet et je suis resté consterné par la connerie des réponses. La vox populi n’est pas toujours au diapason. Il y a surtout le fait que les gens ne savent pas quoi, ni que penser d’un tel événement qui ne perturbe en rien leur quotidien. Et, il est vrai aussi que non seulement la France mais encore l’Europe en général se déchristianise. En Russie, en revanche, l’église orthodoxe fait le plein.
Mais, sur le fond, là n’est pas le problème. Croyant ou pas, nous vivons dans un monde qui a été façonné par les valeurs chrétiennes (1000 ans au bas mot), valeurs issues elles-mêmes, ne l’oublions pas, de cette Grèce antique qui a vu naître la civilisation et plus encore la culture dont nous sommes redevables aujourd’hui. Ce sont ces stoïciens, ces épicuriens et tant d’autres qui ont ancré dans le social ces valeurs que le christianisme s’empressera de récupérer afin de les adapter à son credo. Et c’est ainsi que le christianisme, cette religion du désert, pauvre en concepts et parfaitement égalitariste, va se transformer au contact d’un occident européen qui, au travers du paganisme, a déjà tout un monde d’organisé autour de la notion même de citoyen. Et ce christianisme, au contact du paganisme va accoucher du catholicisme qui va devenir la religion de l’Europe aux alentours de l’an 4 à 500, voir plus tardivement encore. Le Moyen Age, à ce titre, est une période riche car elle est celle de l’incubation qui va permettre au paganisme de perdurer via le catholicisme. Et, le catholicisme va épouser tous les instincts guerriers des Européens à l’image de ces moines soldats espagnols (ou non) qui partirent baptiser les indigènes au Mexique et au Pérou avant que les soldats de Cortès et autres Cortazar ne leur coupent la tête.
C’est cette religion-là qui est devenue religion officielle des rois et empereurs européens. Car la première vertu d’une religion est d’être d’abord une morale sociale permettant aux populations de vivre en bonne entente. On ne lui demande en général pas autre chose. On peut gloser ensuite sur la religion elle-même, mais c’est un autre sujet qu’on laisse aux trous du cul de métaphysiciens. Et, la survie du paganisme a été essentielle dans l’éclosion du génie européen pour la bonne raison que les « intellectuels » étaient en général de joyeux hérétiques. D’ailleurs, la Renaissance s’est bâtie sur cette hérésie et Rome a laissé faire car le mouvement était trop puissant. En peinture, qu’il s’agisse du Caravage ou de Michel Ange, la représentation de la divinité et de dieu lui-même consiste d’abord à placer l’homme (de la Renaissance s’entend) au centre du monde. Dieu, ici, est une notion abstraite, mais s’il existe c’est afin de ne pas perturber les consciences et donc choquer la morale sociale.
Donc, la venue du pape Benoît XVI ne me choque nullement. Elle nous rappelle qu’un jour le soleil a brillé à Athènes, puis à Rome avant d’irradier l’Europe entière.
Et Poutine ne fait pas exception à la règle. Mais lui, il est du côté du sabre. Garez vos miches !

dimanche, 04 mai 2008

Pauvre Grand Palais

342247550.jpg
Il est un lieu qui a bercé mon enfance parisienne, c’est le Grand Palais. Môme, avec mes copains, on prenait le bus qui nous déposait juste devant et on allait ainsi au salon de l’Enfance qui se tenait là chaque année. C’était magique. Dans les années 50-65 se tinrent là aussi le salon des Arts ménagers, de l’Auto, de l’Aviation que sais-je encore. Je me souviens d’un endroit immense mais surtout de la foule que, morpions, nous devions fendre. Et puis, on l’a fermé pour travaux.
Je dois avouer que ce Grand Palais a été magnifiquement restauré, sa verrière surtout, et c’est la raison pour laquelle, dès sa réouverture, je me suis précipité. J’ai trouvé un lieu magnifique dans sa nudité et, nettement plus vaste en hauteur qu’en surface à occuper. C’est d’autant plus vrai que le ministère de la Culture ne sait, au fond, pas quoi en faire. Il est difficile à investir, impossible à chauffer (l’hiver on se gèle) et sa galerie, non restaurée, relève du décor. C’est devenu un espace d’autant plus bizarre que nu, il se suffit à lui-même.
Alors, l’Etat y organise des expositions « monumentales » avec des artistes qui s’y prêtent. Et c’est ainsi que le Grand Palais sert de dépotoir à l’art contemporain. On a pu y voir les « œuvres » d’Anselm Kiefer, ce zozo allemand qui reconstitue les bunkers du mur de l’Atlantique dans leur version délabrée. Pinault, dont on connaît les goûts, a dû faire un chèque pour acquérir l’une de ces merdes.
Et, aujourd’hui, on vient nous gonfler avec l’Américain Richard Serra (voir photo). Alors lui, c’est très simple, il fait laminer des plaques de ferraille gigantesques – genre 70 tonnes – qu’il aligne en long, en large et en travers. Suivant votre portefeuille, l’œuvre est plus ou moins grande et plus ou moins lourde. Il a réussi à vendre à des élus français décérébrés, une espèce de caisson en ferraille que les édiles se sont empressés de coller sur une place de village. On croirait une benne à ordures.
On en vient à regretter le temps où le patriotisme conduisait nos élus à commander des bronzes vantant les mérites de l’histoire nationale, du moins avant la guerre de 14. Après, on aura doit aux monuments aux morts qui ornent chaque village. Ca, au moins, c’était de l’art, même s’il était un peu pompier. Que voulez-vous, je préfère Meissonnier, avec tous ses défauts, à la moindre merde de Marcel Duchamp et de ses émules.
En matière de quête du sens, la pauvre gamine du Journal du Dimanche qui a interrogé Richard Serra, ne s’est vraiment pas attardée sur le sujet – ni l’artiste d’ailleurs – tant il n’y a rien à dire. Elle a quand même réussi à lui tirer cet aveu « Il n’est pas besoin de connaître l’histoire de l’art et de la sculpture pour apprécier mon travail. » Ca c’est sûr, mais comme pissotière, c’est pas mal. Venez avec votre clébard !
Toutefois, ce n’est pas le dénommé Serra, qui se dit artiste, qu’il faut blâmer, mais les gens qui l’ont fait roi, et ce sous-ministre de la culture qui n’existe pas qui autorise une telle exposition. Madame Albanel a perdu tous ses repères et cède à ce politiquement correct qui infeste le monde des idées et de l’art. On notera au passage que ce politiquement correct a de très fortes connotations sonnantes et trébuchantes. Car voici belle lurette que l’art contemporain est d’abord un art alimentaire dont se nourrit la même secte internationale et mondialiste.

samedi, 01 mars 2008

Supprimons le ministère de la culture

436335342.jpgLes cultureux sont descendus dans la rue ! En fait, ont manifesté un ramassis de traîne-savates qui bossent dans la culture au sens le plus vague du terme et qui sont surtout subventionnés par l’Etat. Et donc par notre pognon.
Qu’il y ait une politique culturelle d’Etat, n’est pas choquant vu que cela a toujours existé. Le cardinal de Richelieu en est même l’archétype bien avant Jack Lang de pute.
Auquel cas, cette culture qui n’est pas forcément la pire, est aux ordres du pouvoir dont elle exécute les desseins. C’est ainsi que vécurent nombre de peintres, d’écrivains et d’artisans qui ont fait la grandeur de ce pays. Le roi ou l'Eglise payaient, ils s’exécutaient.
En démocratie, la chanson n’est pas la même. On ne chante plus la grandeur de la nation mais d’un clan. La culture devient partisane et c’est moins de la culture d’ailleurs, au sens noble du terme, que de la propagande dont il s’agit.
Dans ce contexte, on notera que ce que l’on appelle la droite ne sait pas plus ce que signifie le mot culture que le mot droite. Ah si, elle sait une chose, c’est qu’en matière électorale, elle n’est pas de gauche et qu’elle est pour une société de liberté qu’elle confond d’ailleurs avec le libéralisme. C’est la raison pour laquelle elle a abandonné depuis belle lurette tout ce qui est culturel à la gauche qui s’en gargarise jusqu’à plus soif. De sorte que l’on comprend mieux l’expression : « Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver ! ».
Car pour la gauche, est culturel tout ce qui est antinational, tout ce qui n’a pas été revu et corrigé par l’historiographie hagiographique de la honte et du masochisme national.
Aussi, voir ce gouvernement, et cette bien triste Christine Albanel, ci-devant ministre de la Culture, tailler dans les subventions et les réduire en peau de chagrin ne peut que nous réjouir. D’ailleurs, on devrait exiger la suppression de ce ministère et confier la gestion du patrimoine à l’armée. Cela occuperait mieux nos troufions que de les envoyer comme chair à canon du mondialisme en Afrique, en Afghanistan ou ailleurs.

samedi, 15 décembre 2007

Sauvons le patrimoine de l'Imprimerie nationale

Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy


4f0233cddbc7e7b1830644f64de35ab1.jpgAvec 25 000 savants et intellectuels, l'écrivain Jérôme Peignot en appelle ici à la sauvegarde des trésors de l'Atelier du Livre de l'Imprimerie nationale

Monsieur le Président de la République, Nombreux sont les philosophes qui ont soutenu que notre avenir est inscrit dans notre passé. De cette pensée, vous vous êtes tout récemment fait le défenseur. Lors du discours que vous avez prononcé à l'occasion de l'inauguration de la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, vous avez eu cette phrase : Il ne sert à rien d'être si fier de notre patrimoine et de continuer à mégoter pour l'entretenir.» Il est une part essentielle de notre patrimoine national qui mérite d'autant plus votre attention qu'à elle seule elle résume tout ce qui caractérise notre civilisation française : l'Atelier du Livre de l'Imprimerie nationale. Il s'agit d'un ensemble unique au monde. A l'héritage exceptionnel de ses collections, dont les plus anciennes remontent à François Ier - poinçons et caractères, gravures sur bois et en taille-douce, vignettes, fers à dorer, soit au total plus de 500 000 pièces -, il allie l'essentiel des métiers d'art qui composent l'histoire de l'imprimerie et de ses techniques : gravure de poinçons, fonte de caractères en plomb, composition manuelle et mécanique, impression typographique, lithographie sur pierre, taille-douce et phototypie.
Nos compositeurs orientalistes disposent en outre des fabuleux trésors accumulés au fil des siècles. Les plus célèbres sont les grecs du Roi dessinés par Claude Garamont pour obtempérer aux voeux de François 1er, les buis du Régent, 80 000 caractères chinois gravés sur bois de 1715 à 1740. Hiéroglyphes, cunéiformes, hébreu, araméen, samaritain et rabbinique, douze styles de caractères arabes - coufique, karmatique, d'Avicenne... -, sept langues de l'Inde, éthiopien, arménien, tifinagh, palmyrénien, tibétain, khmer, siamois, mongol, chinois, japonais, maya... ce sont au total 72 écritures et plus de 50 langues du monde qui peuvent être composées avec les caractères historiques de l'Imprimerie nationale. A cet ensemble il faut adjoindre une bibliothèque historique de 30 000 ouvrages, dont la plupart sont d une valeur inestimable.
Après la vente de l'immeuble de l'Imprimerie, rue de la Convention à Paris, et celle de la maison d'édition de l'entreprise qui éditait, entre autres, les Editions du Patrimoine lancées par André Malraux, l'Atelier a été installé (il faudrait plutôt dire «parqué») dans un hangar de 1 000 mètres carrés - alors qu'il en faudrait plus du double et, pour ce qui concerne les livres, sans le degré hygrométrique convenant à leur conservation - à Ivry-sur-Seine, où, très réduite, son activité est fortement déficitaire. Cette dangereuse solution ne saurait être que temporaire.
Un petit groupe d'intellectuels, le Collectif Garamonpatrimoine (1), a émis sur internet, il y a déjà trois ans, un manifeste appelant à la défense de cette richesse que le monde entier nous envie. Ce texte qui s'adresse au ministre des Finances, sous la tutelle duquel se trouve toujours aujourd'hui et de façon anachronique placé ce patrimoine, a été signé par plus de 25 000 personnes, dont nombre de savants, d'enseignants et d'intellectuels, tant français qu'étrangers.
Le Collectif Garamonpatrimoine promeut un projet vivant tourne vers 1 avenir ou la production de l'Atelier serait maintenue et articulée à l'enseignement, à la formation et à la recherche. Nous en avons tracé les contours dans un projet pour un Conservatoire de l'Imprimerie, de la Typographie et de l'Ecrit CITE. Deux pistes concrètes vont dans ce sens : la Maison internationale de l'Illustration à Bobigny et le projet de l'Ecole Estienne.
Nous comptons sur vous, Monsieur le Président de la République, pour :
1- lever la tutelle du ministère des Finances sur ce dossier et la confier au ministère de la Culture;
2- transférer ce patrimoine dans l'un des deux lieux évoqués dans le cadre du projet CITE. En cas de blocage, nous savons que le Musée de l'Imprimerie à Lyon et celui de Nantes seraient preneurs de ce trésor. Encore faudrait-il que l'Education nationale participât à la mise en oeuvre de ce plan;
3 - étendre le classement du Cabinet des Poinçons à l'ensemble des caractères, des machines, de la bibliothèque, bref à l'ensemble de l'Atelier et, bien entendu, de ses savoir-faire;
4 - engager enfin une politique active en faveur de ce patrimoine. Au terme de cette lettre, permettez-moi de citer ce superbe exorde de Diderot dans la «Lettre sur le commerce des livres» : «Entre les différentes causes qui ont concouru à nous tirer de la barbarie, il ne faut pas oublier l'invention de l'art typographique. Donc, décourager, abattre, avilir cet art, c'est travailler à nous y replonger et faire ligue avec la foule des ennemis de la connaissance humaine.»
Avec l'espoir d'être parvenu à vous convaincre d'agir rapidement en faveur de cette cause, je vous prie de bien vouloir croire à l'assurance de ma très haute considération.

(1) garamonpatrimoine. Org/jeromepeignolfree