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jeudi, 24 avril 2008

Ode socialiste à l'humanisme

Par Coclés

 

816738405.jpgL'autre soir Antenne 2 nous servait un docu-fiction sur Mitterrand à Vichy. Le film était suivi d'une série d'interviews où il était essentiellement question de l'antisémitisme vichyssois, du statut des juifs, de leur déportation et de la solution finale. Bien sûr on y fustigeait la cécité de cet homme de « droite » vis à vis de la souffrance juive, cécité que son passage, héroïque, dans la Résistance ne saurait absoudre.
Devenu homme de "gauche" François Mitterrand n'aura certes pas lavé l'opprobre qui pèse désormais sur sa mémoire, mais au moins, comme le soulignait Edwy Plenel, le « trotskiste culturel » de service, en devenant « progressiste » sur le tard, aura-t-il acquis un droit aux circonstances atténuantes.
En 1961, le même François Mitterrand, pleinement acquis au « progressisme » publiait chez Julliard un essai intitulé La Chine au Défi. Sur le grand timonier Mao Tsé Toung, il portait alors un jugement plein de mansuétude admirative. Un Mao que les historiens s'accordent pourtant à juger responsable de la mort de trente à soixante millions de Chinois. De ce jugement intempestif il n'est curieusement jamais question. Peut être que pour la « gauche » morale les Chinois ne sont pas tout à fait des hommes comme les autres et qu'après tout ces morts là furent immolés à un juste cause, celle du "progrès" comme dirait Plenel...
Qu'on en juge par cet extrait.
« Mao n'est pas un dictateur, mais le magistère qu'il exerce lui confère un pouvoir sur son peuple que ne possédèrent jamais ni le fanatisme incantatoire (assorti d'un solide régime policier) de Hitler en Allemagne ni l'énergie dévorante et cynique de Mussolini en Italie; que n'acquerront jamais un Nasser en Égypte, malgré son astucieux mélange de violence, de ruse et de pondération, un Franco en Espagne, malgré l'insolente protection de ses trois gendarmes: l'armée, l'Église et l'argent. Il n'est pas non plus de l'école de Gandhi. Ce marxiste chinois ne peut que demeurer étranger aux méthodes de pensée et d'action d'un Nehru. La rigueur doctrinale s'allie en lui à un réalisme vigilant, au goût et à l'expérience du concret, à la volonté acharnée de bâtir une société qui réponde à ses exigences sans détruire au passage l'objet même qu'elle se propose de servir. Mao est un humaniste. Mais cet humaniste-là, qui mène une révolution conquérante depuis plus de trente ans (il a conduit des armées comme le partisan qui dresse une embuscade et comme le professeur d'école de guerre qui prépare sur la carte la retraite dont il attend la victoire et ne livre combat que sur le terrain qu'il a lui même choisi), qui accepte les devoirs d'un militant et qui se soumet aux disciplines formelles, échappe aux définitions ordinaires. Même en Chine, il représente un nouveau type d'homme. La sagesse, la culture n'ont de sens, pour lui, qu'identifiées à l'action. »

François Mitterrand, La Chine au défi, Julliard, 1961, p. 27-28.

 

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